En passant par l'Irlande, avec ma céramique
L'histoire d'une forêt primaire et de tigres mal en point
Bonjour,
Je sais qu’il n’est pas évident de passer d’excellentes semaines en ce moment, compte tenu de l’actualité. N’ayant rien de plus intelligent à dire que n’importe qui d’autre, je vais m’abstenir de la commenter dans l’immédiat et plutôt vous souhaiter, malgré tout, d’heureuses journées en compagnie, aujourd’hui, d’arbres, de tigres, de vases et de Glasgow.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.
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Bonne lecture !
Vert héros
Il ne faut pas rêver : une grosse forêt, ça ne se fait pas comme ça. D’ailleurs, je n’en avais pas rêvé. Mais Eoghan Daltun l’a fait.
Avant de se faire une forêt, Eoghan (ce prénom celtique se prononce étrangement comme il s’écrit, tant qu’on aspire bien le « H ») s’est d’abord fait une maison. Beshara, le magazine « qui présente des concepts d’unité, d’inclusion et de connexion dans tous les aspects de la pensée contemporaine » (au rythme d’un à deux articles par mois) nous raconte comment, tout jeune et armé d’un héritage précoce, Eoghan a pu s’acheter une maison en ruines du XVIIIème siècle. C’était tout près du zoo de Dublin et aujourd’hui encore, il se souvient de ses réveils « par matins brumeux, au son de cris de singe qui lui donnaient l’impression surréaliste de vivre dans une forêt tropicale ». Il a si bien retapé sa demeure qu’elle figure désormais au Patrimoine National Irlandais. Puis, après l’avoir revendue, éprouvant comme son épouse et leurs deux enfants l’envie de se rapprocher de la nature, il s’est porté acquéreur d’une ferme désolée. Soit trente hectares de friches en bord de mer, sur la péninsule de Beara au sud du pays.
C’était en 2009. Le corps de ferme était inhabitable mais Eoghan en avait vu d’autres. Plus difficile, redoutait-il, serait de réanimer le terrain à l’abandon, ni complètement mort ni vraiment vif. Certes, ça avait poussé, depuis que la famille de cultivateurs avaient déserté la région. Pas de doutes : Beshara recense « chênes noirs, bouleaux pubescents, houx, saules, aubépines monogynes, sorbiers des oiseleurs, noisetiers, frênes, aulnes et pommiers sauvages ». Mais tout ce beau monde approchait à grande vitesse de ce que Daltun a appelé un « crash écologique », dans son livre An Irish Atlantic Rainforest (Hachette UK). Le magazine nous explique :
Il a rapidement découvert que cet environnement fantastique était en grande difficulté, car il était « brouté jusqu’à la mort » par les chèvres sauvages, les cerfs Sika (introduits du Japon cent ans plus tôt) et les moutons. Ces herbivores se nourrissaient des rameaux nutritifs des jeunes pousses, ce qui les empêchait de croître. La forêt était donc incapable de se régénérer et les animaux endommageaient jusqu’à l’écorce des arbres les plus vieux. Parmi les autres obstacles à son renouveau, on trouvait les faisans en fuite ou les incursions de plantes invasives, parmi lesquelles Daltun mentionne principalement le rhododendron (rhododendron ponticum) pour ses effets particulièrement néfastes. Il le surnomme « la condamnation à mort de toute forêt naturelle ». Son épaisseur, en effet, projette de l’ombre sur les jeunes pousses comme sur les espèces qui, en principe, s’épanouissent au sol. Ce sont des plantes extrêmement envahissantes, que l’on ne peut contrôler qu’en les arrachant constamment. Et même là, leurs racines peuvent empoisonner le sol des années après leur éradication.
Alors, il s’est mis au boulot. Clôturant le domaine grâce à des fonds de la région (heureuse, semble-t-il, de se prêter à cette expérimentation écologique) puis arrachant les rhododendrons, des jours, des mois, des années durant. Sans autre récompense, écrit-il, qu’« une transformation du paysage aussi magique que stupéfiante ». Sa plume lyrique nous conte :
Les espèces natives ont commencé à surgir de partout et, plutôt qu’être immédiatement dévorées, elles ont pu grandir, atteindre l’adolescence et plus, engendrant d’autres parcelles de forêt dans des zones qui, jusque-là, n’étaient que prairie. Là où les arbres étaient déjà présents, une flore endormie, très diverse, s’est éveillée. Une profusion de fleurs des bois sont apparues. Dont, parmi elles, de nombreuses espèces que je pensais totalement absentes du terrain.
Et voilà comment on fait une forêt. Une vraie forêt. Sauvage, neuve, jeune, pure et, pourtant, beaucoup plus vieille que la plus vieille de tes copines. Le plus amusant de l’histoire, s’étonne encore Daltun, c’est que ce retour à l’état primaire, cette remise en état d’un environnement ravagé par l’homme, s’est fait comme si de rien n’était. La forêt s’est faite toute seule, pour l’essentiel, et d’autant mieux quand personne ne la guidait.
Aujourd’hui, l’expérience est devenue un documentaire, si frais que —comme le regrette son réalisateur, Gary Lennon— la bande-annonce n’est même pas encore terminée. C’est à peine s’il a eu le temps d’achever le générique en vue de sa première mondiale au Festival International du Film de Dublin la semaine dernière. Toutes les images ici présentes sont pourtant tirées de cette production inédite (merci Gary !). Comme celle-ci (que l’on entend couler ou c’est moi ?) :
Ou celle-là, figurant notre héros.

Dublin International Fim Festival Via Beshara Magazine
On n’est pas au zoo
Mais qu’est-il donc arrivé aux tigres du Chiang Mai ? Après enquête, rien de grave, malgré la poussée de fièvre qui a saisi les autorités thaïlandaises pendant 48 heures.
Tout a commencé avec la mort de 72 tigres en deux jours, le 18 et 19 février, dans cette province au nord du pays. Et surtout au cœur du « Tiger Kingdom », le Royaume des Tigres. C’est un parc naturel… Ah non, au temps pour moi. Leur slogan étant « non pas un parc, mais un ROYAUME », c’est, on dira, une grosse cour de récréation peuplée de prédateurs carnivores.





