En passant par le Yucatán, avec Carcinonepa
Conflit social à Chichén Itzá, punaises à pinces, balade arty et clip à la con
Bonjour,
permettez-moi de vous souhaiter une heureuse semaine en compagnie, aujourd’hui, d’un bon blocage, d’une sale punaise, d’un blondinet bien blond et d’une cartographie pédestre.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.
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Bonne lecture !
Jusqu’à nouvel ordre
Si vous aviez prévu de visiter une ville maya cette semaine, évitez la plus grande, la plus belle et la plus majestueuse : Chichén Itzá, son observatoire astronomique, son terrain de jeu de balle et sa pyramide de 24 mètres mondialement célèbre.

Vous risqueriez en effet de trouver porte close. Car même si la situation s’est grandement apaisée, il semble encore un peu tôt pour qualifier de « stabilisé » le conflit social qui oppose les marchands de souvenirs de Chichén Itzá à la direction du site, l’INAH, (Institut National d’Anthropologie et d’Histoire) du gouvernement mexicain.
Le problème de l’INAH c’est que, certes, les ruines de la cité maya attirent chaque jour des milliers de touristes (plus de 2 millions par an) mais que la partie musée, inaugurée en 2024, n’en reçoit qu’une « infime fraction », pour reprendre les termes de Yucatán Magazine. Comme on y trouve plus de 800 objets d’art et d’artisanat splendides issus de cette civilisation du Xème siècle, c’est dommage. Et en plus, ça pourrait rapporter des sous.
Un beau projet a donc été conçu afin de faire du musée et des boutiques l’entrée principale du site pour les rendre strictement incontournables. En janvier dernier, tout semblait prêt pour l’inauguration de cette nouvelle entrée :
D’après le plan, la billetterie sera juxtaposée au musée. De là, les visiteurs marcheront environ 800 mètres pour rejoindre le cénote (le puits d’eau sacré de Chichén Itzá), point de départ des visites guidées.
Si le musée est ouvert depuis bientôt deux ans, peu de changements ont été apportés [par les derniers travaux], à l’exception de changements mineurs de la signalétique ou d’autres éléments muséographiques. Ce qui a été modifié en profondeur, cependant, c’est que toute la zone constituera dorénavant un parking flambant neuf. S’étendant sur environ 1,5 kilomètres, il est une amélioration notable de l’infrastructure existante.
En plus du parking et du musée, le complexe inclut un planétarium, des boutiques, des restaurants, des toilettes et d’autres aménagements destinés aux visiteurs.
Ce que ce descriptif ne dit pas, c’est que l’INAH avait une autre idée derrière la tête. Celle de profiter de cette réorganisation pour relocaliser des centaines de vendeurs ambulants qui, nous dit encore Yucatán Magazine, « depuis des décennies vendent de tout, depuis des objets artisanaux jusqu’aux ponchos aux couleurs de la NFL [la Ligue Nationale de Football américain] ». Plus concrètement, il s’agissait de les regrouper dans les espaces commerciaux ou de transit. Jusque-là, ils pouvaient s’installer un peu comme ils le voulaient, n’importe où au milieu des ruines de cette ancienne ville de 300 hectares. Selon certains témoignages, même bienveillants, ça cassait un peu l’ambiance contemplative de la cité millénaire. Voilà maintenant des décennies que les divers gouvernements mexicains tentent de réglementer ces emplacements, sans succès.

Le 18 mai dernier, en dépit des semaines de négociations qui ont précédé l’inauguration de la nouvelle entrée, la surprise des échoppiers arrivant sur place fut assez brutale. Leur accès traditionnel était désormais fermé par une grille métallique. Pour poser leurs étals, il leur fallait désormais montrer patte blanche en entrant via le goulot d’étranglement que constitue le bureau d’accueil, le Centro de Atención a Visitantes (CATVI).
C’est mal passé. Or —notez bien, les Français— à blocage, blocage et demi. À leur tour, dans la nuit, les marchands ont fermé l’accès au site tout entier. Puis au matin, ils ont dit aux touristes de faire demi-tour. Chichén Itzá était fermée. Quelques jours plus tard, Riviera Maya News & Events évoquait 9 000 visiteurs quotidiens ne pouvant plus accéder au site, soit, chaque jour, 4 millions de pesos de pertes (environ 200 000 euros). Pour ne rien dire des annulations en cascade « affectant non seulement le site mais aussi les hôtels, les restaurants, les transporteurs et les artisans formels ». Selon les informations du journal, « 262 des 662 artisans enregistrés —39 %— ont accepté le protocole et signé pour prendre place dans la nouvelle installation, mais les 400 restants ne lâchent pas prise ». Face à eux, « le directeur de l’INAH pour le Yucatán, Joel Omar Vázquez Herrera, et le secrétaire gouvernemental de la région, Omar Pérez Avilés, ont présenté la fermeture de l’ancien accès comme irréversible ». Les deux représentants de l’État ayant tenu à ajouter que « certains des leaders du mouvement sont connus depuis des années pour faire payer des taxes illégales et vendre des espaces au sein même de la zone archéologique ».
Une situation assez bien résumée par ces deux titres du Yucatán Magazine à une semaine d’écart : « Chichén Itzá devrait rouvrir aujourd’hui » et « Chichén Itzá reste fermée : nouveaux arguments, même problème de fond ».
Au-delà du « « « « simple » » » » » enjeu d’argent (avec beaucoup de guillemets parce que perdre son job en une fraction de seconde, ça n’a rien de simple), les artisans demandent aussi de la considération. Il n’y a pas à creuser bien loin, en effet, pour retrouver derrière cette affaire l’accusation récurrente de manque de respect à l’égard de la population maya de la part du gouvernement central mexicain. C’est le message très clair que porte, à chaque publication ou presque, la page Facebook du mouvement. Le fait que les autorités aient dépêché sur place des soldats de la Garde Nationale équipés d’armes à feu ne semble pas avoir été de nature à dissiper cette sensation de malaise.
Cette exigence de respect s’accompagne d’une certaine méfiance quant à la porte de sortie proposée par l’INAH. La solution d’un « Marché d’Artisanat Maya », « guère plus que quelques dizaines de coques de béton entassées sur un sol en ciment dépourvu d’arbre ce qui, bien entendu, peut rendre l’endroit extrêmement chaud sous le soleil impitoyable du Yucatán » leur inspire une certaine méfiance. Ils estiment surtout que la gratuité de ces espaces n’est que provisoire et que, tôt ou tard, il leur faudra payer un loyer pour vendre leurs objets. Afin de renforcer leur pouvoir de négociation, ils ont formellement créé un « conseil autochtone », une institution reconnue par la loi mexicaine mais sans autre pouvoir que consultatif.
Ils ne mettent cependant pas tous les atouts de leur côté et, pour le dire franchement, ne semblent pas toujours tout pratiquer complètement légalement. Ou alors ils débutent vraiment dans les relations publiques, à en croire le reporter du magazine, revenu un peu dépité de sa rencontre avec les boutiquiers de Chichén Itzá :
Un autre objet de discussion est que, bien que la grande majorité des vendeurs s’identifient comme des artisans mayas, ce n’est pas toujours le cas. La plupart des objets en vente sont des T-shirts, des porte-clés, des sous-verres et des figurines en résine produites en série ornées de motifs méso-américains (mais pas forcément mayas), voire des masques vaguement africains ornés du logo de la NFL.
Quand j’ai abordé ce point durant ma rencontre avec les membres de la communauté, hommes et femmes se sont franchement agacés, affirmant que ce n’est qu’un mensonge, que tout ce qui est vendu ici est de l’« artesanía » et qu’ils ont le droit de vendre ce qui leur plaît.
Aussi, quand on leur pose la question de la nécessité de pouvoir contrôler l’accès au site pour des raisons de sécurité, les vendeurs ont tenu à répéter que c’est un problème qu’ils maîtrisent parfaitement et qu’ils n’ont pas besoin d’interférence extérieure. Après l’interview, des membres de la communauté ont insisté pour prendre des photos des employés de Yucatán Magazine, ainsi que de leurs plaques d’immatriculation, à des fins de « contrôle ». Peu de temps après, il a été demandé à l’équipe de partir, comme si nous n’étions plus les bienvenus.
Quant au gouvernement, sa stratégie semble être de simplement attendre que les manifestations s’épuisent d’elles-mêmes et d’ensuite relocaliser les vendeurs qui en sont d’accord vers la nouvelle installation.
Pour l’instant, après deux semaines de blocage, l’horizon semble dégagé grâce à un truc qu’on ne connaît plus trop ici : un compromis. Le schéma initial, selon lequel l’entrée ne peut plus se faire que par le CATVI, pour les visiteurs comme les vendeurs, est maintenu. Mais plus de 600 vendeurs ont finalement reçu l’autorisation d’opérer sur les lieux. 264 d’entre eux rejoindront les casemates implantées et les 400 autres ne seront finalement pas dégagés, à condition de se cantonner « sur la chaussée entre le Cénote Sacré et le Temple de Kukulcán », détaille Mexico News Daily.
Un dernier conseil pour la route : si ça fait un peu loin pour vous, sachez qu’il y a deux ans, pour l’ouverture du musée, le magazine avait envoyé sur place le « blogueur, photographe, guide et docteur en Études du Patrimoine » Carlos Rosado van der Gracht. Parcourir les clichés des poteries, bijoux, sculptures et bas-reliefs ramenés en nombre est un vrai bonheur.
Le reportage est disponible ici.
Il se déguste accompagné (avec modération) de boissons du coin comme un balché ou un bon xtabentún.
C’est dégueulasse
C’était mieux avant. Mais quand ? Dans les années 1960, quand la France s’ennuyait mais commençait à s’étirer ? Peut-être. En 1905, quand la République choisissait de foutre la paix aux croyants ? Ça se pourrait. En 1789, quand les casseurs faisaient la loi ? C’est ce qu’on dit.
Et il y a cent millions d’années, quand apparurent les arbres à feuilles et les abeilles ? J’avais tendance à le croire jusqu’à cette identification, par la zoologue Caroline Haug de l’université Ludwig Maximilians de Munich, d’une punaise à pinces de crabe. Une punaise, donc —cet insecte hétéroptère et suceur de sang déjà dégueulasse— mais avec des pinces de crabe (ou, si l’on préfère, de scorpion, c’est pareil).
Carcinonepa libererrantes vivait au Crétacé. Elle a été découverte, exactement comme dans Jurassic Park, dans de l’ambre vieille de 100 millions d’années et venue de Birmanie.
Regardez-moi ça, c’est dégoutant :
Ce type d’appendice est extrêmement rare chez les insectes. Il est présent dans seulement 3 groupes de cette branche du règne animal. Ce n’est donc que la quatrième fois sur des millions d’années d’évolution (à notre connaissance) que ce mécanisme est apparu, de façon indépendante, chez ces sales bêtes. En introduction de sa recherche, la professeure Haug nous partage une autre de ses surprises :
Nous avons comparé les formes de plus de 2 000 structures préhensiles et découvert que, dans la patte en forme de forceps de ce nouveau fossile, la partie la plus proche du corps a une forme totalement inconnue (chez d’autres fossiles ou chez des espèces modernes). La forme plus générale est également différente d’autres fossiles connus. Sa tête se distingue par une court bec, très révélateur. C’est, avec d’autres caractéristiques, ce qui nous permet d’identifier ce spécimen comme une punaise, probablement aquatique (Nepomorpha). [Pourtant], même si le fossile n’est pas aussi bien préservé sur le reste du corps, il présente par d’autres aspects de nombreuses similarités avec les punaises (Gelastocoridae), dites « crapauds », en anglais.
SciTech Daily nous explique en prime d’où vient son petit nom :
En raison de son anatomie si particulière, les chercheurs ont classé ce fossile de punaise dans un nouveau genre et on nommé cette espèce Carcinonepa libererrantes. Ce nom combine la forme latinisée du mot grec signifiant « crabe » (carcino-) avec le mot nepa, qui a donné le nom des Nepomorpha, les punaises aquatiques.
« Le mot libererrantes est quant à lui une latinisation du nom du groupe de pop coréenne à succès, les Stray Kids », explique Carolin Haug. « Le nom semblait approprié car la posture adoptée par la pince du crabe ressemble à la pose iconique du groupe. C’est d’ailleurs, dois-je ajouter, le groupe favori d’une des autrices de l’article, Fenia Haug ».

Les chercheurs supposent que, comme les autres espèces auxquelles elles empruntent leurs caractéristiques, ces liberrantes vivaient en forêt, sans doute au bord de l’eau, et se nourrissaient d’insectes. De plus, comme certaines chutes s’écrivent toutes seules, il vaut la peine de relever que la LMU de Munich n’est autre que l’université d’Ingolstadt, déménagée en 1800 par le roi de Bavière à l’approche des armées françaises. Celle-là même, oui, où le jeune Victor Frankenstein s’adonna à ses funestes recherches.
Je compte donc sur la professeure Haug pour reprendre le flambeau et nous fabriquer une créature avec tête de punaise, pinces de crabe et corps de chanteur de k-pop. L’époque manque d’un bon conte moral.
Cœur de rocker (mais âme de collabo)
Le chanteur russe SHAMAN (de son vrai nom Yaroslav Yuryevich Dronov) est un jeune homme drôlement intelligent. Dans son dernier clip, il a choisi de se confronter à la question « Qu’est-ce que la Russie pour vous ? ». Sa réponse : « Pour moi, c’est une mère, et on ne trahit pas une mère ». Ainsi démarre son nouveau titre, 3 minutes 26 de pop nationaliste pleine de boîte à rythme des années 1980 et du mode « Violon nul » de son clavinova. Il s’époumone « Mère Russiiiiiiie ! Mère Russiiiiiiiie ! ». Puis il fait le signe de croix à contre-jour après avoir bu du thé noir devant une sainte icône.
Ça, c’est la partie sympa.
On peut voir intégralement le clip ici, sur le Facebook russe, VKontakt ; mais attention, je vous préviens, ça rentre un peu dans la tête, « Mère Russie ! ».
Pour appuyer son message, toute l’idée de la vidéo est qu’il interprète un genre d’agent secret.
En costume noir, cravate du même métal et chemise boutonnée jusqu’à la pomme d’Adam, il entre seul dans son bureau gris pour en sortir un dossier puis, dudit dossier, plein de photos. Celles de dissidents et dissidentes en exil et ayant pour point commun d’être classés par le gouvernement comme « agents de l’étranger ». Le premier visage que l’on reconnaît, par exemple, est le YouTubeur Iouri Doud, auteur de documentaires sur la torture militaire et la vie avec le VIH dans sa tyrannie d’origine : c’est justement lui que l’on entend dans l’introduction poser la question « Qu’est-ce que la Russie pour vous ? ». Mais le Moscow Times —tout aussi dissident et tout autant exilé— a aussi reconnu « les rappeurs Morgenshtern, Noize MC et Oxxxymiron […] aux côtés de journalistes, d’analystes politiques ou de businessmen, comme Mikhail Khodorkovsky ou Oleg Tinkov ».
La petite touche de délicatesse est le moment où, grâce à cette bonne vieille intelligence artificielle, décidément jamais la dernière à rendre service, tous ces visages d’opposants politiques s’animent pour reprendre le refrain sous la direction du chanteur arborant tout à coup la posture de chef d’orchestre. Et les voici reprenant pour lui, avec lui, en chœur et en souriant, le refrain de son tube nationaliste.
« Mère Russie / Tu es dans mon cœur / Tu es la seule / Avec toi jusqu’à la fin ».
Ce qui est répugnant d’un côté mais amusant de l’autre. Car ces phrases, ils les chanteraient sans doute volontiers : vouloir la démocratie dans son pays sans génocider le voisin, n’est-ce pas la plus haute forme de patriotisme ?
Ce tube entêtant est le dernier avatar de ce que l’on appelle, m’apprend l’article, la « Z-pop » (le Z étant devenu synonyme de soutien à l’invasion russe de l’Ukraine, depuis que l’on a vu cette lettre peinte sur les chars et les casques des troupes engagées). Mais SHAMAN et sa chemise trop petite n’en sont pas à leur première incursion dans le genre, ayant déjà signé les titres « Ya Russky » (« Je suis Russe »), « Moi Boy » (« Mon combat », ça ferait un bon titre de livre) ou, la veille de l’invasion de l’Ukraine, « Vstanem » (« Debout »), un titre qu’il estime lui avoir été « dicté d’En-Haut ».
Sur la page de son profil VK où il a publié ce clip un poil lourdaud, il écrit :
Qu’est-ce que le peuple russe ne pardonne pas ?
La trahison.
Là-bas, on les paie pour chanter contre la Russie, mais dans ma vidéo, ils chantent gratuitement pour la Russie. Car ici seulement, ils ont le droit de dire « MÈRE RUSSIE ».
Vous pouvez déjà écouter ma nouvelle chanson « MÈRE RUSSIE » sur les principales plateformes musicales.
La meilleure façon de marcher
À Taïwan, le jury de la Fondation de la Banque Taishin pour les Arts et la Culture vient de remettre son Grand Prix annuel (1,5 million de New Taiwan Dollars soit environ 40 000 euros, ça fait toujours plaisir). L’heureux gagnant est le collectif de danse et de performance artistique TAI Body Theatre.
Le TAI a pour particularité d’être un groupe autochtone, fondé par Watan Tusi, un chorégraphe de l’ethnie Truku (IMPORTANT Penser à éviter le titre « Truku lent » et à supprimer cette parenthèse sinon les gens sauront que tu y as pensé). En truku, le mot TAI veut dire « regarder ou voir quelque chose », nous apprenait en 2014 le journal de la fondation Culturelle des Peuples Autochtones, Pulima. À l’époque, la troupe présentait The Sigh of Body au Festival International de la Performance indonésien, le Jogia.
Le metteur-en-scène Watan Tusi s’est demandé « À part pour les rites traditionnels ou les spectacles destinés aux touristes, y a-t-il encore un peu de créativité et de nouveauté dans la danse et la musique des peuples indigènes ? ». Puis il a passé deux ans à étudier la relation entre la terre et le pied humain, sur le terrain. Au fil du temps, il a enregistré plus de 80 « collections d’empreintes » sonores. Dans son processus créatif, fait de déconstruction et de reconstruction, ces éléments qui lui sont chers lui servent de muse pour créer de nouvelles postures corporelles et de nouvelles formes de danse.
« Dancing under the Bridge », 2016. Exactement —mais alors, exactement— le genre de spectacle qui plairait à mon papa.
À l’occasion de la remise du prix Taishin pour son nouveau spectacle, qaqay, le magazine artistique et chic Ocula nous aide à mieux comprendre :
Watan est connu pour son système tout à fait spécifique de « scripts de pied » (« foot scripts », en anglais, NDLR), qui cartographient les rythmes des corps quand ils dansent ou quand ils travaillent. Faisant pleinement partie d’une génération d’artistes autochtones qui a dépassé la question de la représentativité, le groupe a développé un travail qui se fait in-situ et mêle la danse, l’effort, la migration et les histoires vécues, souvent par le biais de collaborations à long-terme avec les communautés de travailleurs migrants dans tout Taïwan.
Le titre qaqay vient du mot truku signifiant « pied » ; et de « papak », l’onomatopée qui évoque le son des pattes animales. Inspiré par un mythe originel selon lequel le corps d’un géant, tombé au sol, serait devenu la chaîne montagneuse de Taïwan et ses pieds les îles, la performance s’est tenue dans l’ancienne usine japonaise de tabac de Hualien, où est basé le collectif.
SI vous n’êtes pas convaincu (ça arrive), la bonne nouvelle est que vous pouvez explorer ici la totalité des candidats et récipiendaires, par année, du prix de la Fondation Taishin.
J’aime bien, par exemple, les images tirées du spectacle Officier Militaire, de la compagnie Shanghe Gezi présenté au festival de l’opéra de Taipei en avril dernier. Il évoque —d’après ce que j’arrive à comprendre de la traduction de Google— le drame des Malgré-Nous de là-bas, à savoir les soldats taïwanais enrôlés de force dans l’armée japonaise lors de la Seconde Guerre Mondiale. Ils auraient terminé abandonnés de tous sur l’île de Hainan. Un récit conté en parallèle d’un mythe semblant impliquer le dieu soleil mais on atteint là, précisément, les limites de la traduction automatique.
Toujours selon le descriptif de la fondation (et toujours avec l’aide de la traduction automatique), c’est une œuvre qui exige des spectateurs de « complètement lâcher prise et suivre sans effort la transformation de l’imagerie visuelle scénique sans avoir besoin de réfléchir » et, si vous voulez un conseil plus personnel, sans ouvrir en même temps 195 onglets Internet pour tenter de comprendre la cosmogonie chinoise. Gardez-les plutôt pour les grandes vacances.
Mais aussi, mais encore
Les infos qui ont failli m’échapper
La reine 1953 du Carnaval de La Nouvelle-Orléans, Adelaide Wisdom Benjamin, avocate de formation et héritière de l’usine d’embouteillage de Coca-Cola en Louisiane, est décédée à l’âge de 93 ans. Sa philanthropie a permis de sauver l’orchestre symphonique de sa ville dans les années 1980 (elle a pris à sa charge 3 millions de dollars de dette). « Il n’y aurait pas d’orchestre symphonique à La Nouvelle-Orléans sans Adelaide Benjamin, point final », résume le Dr. Stephen Hales, membre de longue date du conseil d’administration. (Nola) — La surproduction de vin rouge australien atteint désormais les 260 millions de litres. Le Président du syndicat professionnel des viticulteurs, Lee McLean, suggère d’étudier « les barrières, méthodes et opportunités économiques » qui permettraient de convertir ce surplus en éthanol afin de servir de carburant pour automobiles. Avec une consommation mondiale de vin retombée au niveau des années 1960 (la population représentait alors 40 % de celle d’aujourd’hui), les experts jugent la piste intéressante, à condition d’envisager un soutien public car le coût et le rendement d’une telle procédure excèdent nettement ses revenus potentiels. (ABC) — Le Parti de la Prospérité est donné largement gagnant des élections législatives et régionales en Éthiopie. Le Premier Ministre Abiy Ahmed, porté au pouvoir par la révolution de 2018, Prix Nobel de la Paix en 2019 pour avoir promulgué la paix avec l’Érythrée, qui a libéralisé l’économie et renforcé la démocratie, devrait donc rester en place et table sur une croissance économique d’environ 8 % dans un contexte marqué par les rébellions ethniques en Oromia et en Amhara. Seule la région du Tigré n’a pu s’exprimer, les bureaux de vote étant fermés en raison de son état de quasi guerre civile. (Modern Diplomacy et RFI) — Bosch ferme son centre de recherche et développement d’intelligence artificielle en Israël. L’entreprise allemande affirme que cette décision prise en décembre et annoncée aux salariés en janvier (ils ne l’ont donc pas apprise par la presse, c’est toujours sympa), est due à des considérations économiques dans un contexte où la compétition sur l’I.A. ne concernerait plus guère que les États-Unis, la Chine et l’Europe, et n’aurait aucun lien avec l’embrasement en cours dans toute la région. (Middle East Monitor) — 143 497 moutons sont restés invendus au Sénégal après la Tabaski 2026 (nom africain de l’Aïd al-Adha). Plus de 1,6 millions de têtes étaient proposées, pour un objectif initial de 900 000. C’est donc plutôt un bon résultat aux yeux du directeur de l’Élevage du Sénégal, Mamadou Diagne. (PressAfrik) — La maison-mère de Facebook, Meta (qui a récemment perdu, j’aime bien le répéter, plus de 80 milliards de dollars d’investissement dans son projet de réalité parallèle virtuelle) travaille sur pas moins de 6 prototypes de lunettes intelligentes. Le premier devrait être lancé dès le mois prochain. Deux sont attendus pour l’automne (dont semble-t-il la V.2. de la monture actuellement en vente et développée avec Ray-Ban). Deux autres seront seulement à l’état de test à la rentrée et, en décembre, on devrait voir sortir un modèle provisoirement appelé « Mojito VIP », le produit qui, à mon avis, vous permettra de combler le vide terrible de l’existence. (Gizmodo) — Le Centre de Prévention et Contrôle des Maladies d’Afrique, basé à Addis Abeba, lance un plan de six mois financé à hauteur de 319 millions de dollars pour lutter contre l’épidémie d’Ebola qui, après s’être développée au Congo, vient d’arriver en Ouganda (Intellinews) — L’Agence Spatiale Européenne a besoin de vous pour aider son télescope Euclid à identifier des lentilles gravitationnelles (anomalies cosmiques lumineuses théorisées par Albert Einstein). Le projet participatif, baptisé Space Warps, a environ 300 000 photos spatiales à examiner, présélectionnées par intelligence artificielle et issues de 72 millions de galaxies. Aucune formation scientifique n’est requise : des guides et des exemples sont disponibles pour aider à reconnaître une lentille gravitationnelle. Cliquez ici pour participer à l’aventure. (Techno-Science).

Prochain Jour En Plus : lundi 15 juin.
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Merci à Marjorie Risacher pour ses coquillicides impitoyables.













