En passant par le tertre, avec ma salade d'algues
Un festival de l'algue en Australie, un tertre mystérieux en Norvège, Le Bernin en majesté et plein de festivals.
Bonjour,
permettez-moi de vous souhaiter une heureuse semaine en compagnie, aujourd’hui, de de plantes vertes, du Bernin, de bûches et de musique.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.
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Bonne lecture !
Vert de rouge
Culinairement, j’ai quelques convictions bien ancrées. L’une d’elles, c’est que les choses allant comme elles vont, il faudra bientôt s’habituer à de nouveaux régimes alimentaires à base de tout ce qui pousse n’importe où sauf dans les fermes : les champignons, les insectes, les méduses et, mon péché mignon, les algues.
Or voilà qu’à mon tour, ces maudits écolos ont décidé de me gâcher la vie en m’expliquant que les algues, c’est comme le reste : c’est beau, ça se respecte et c’est précieux. Tel est le message d’insoutenable propagande qui guide le tout nouveau festival de l’algue à Port McDonnell, Australie. Son nom en langue originale est encore plus explicite : « Seaweed : A Celebration ». Une célébration ? Et puis quoi encore ? Ils vont nous encourager à pratiquer une activité sportive régulière en plus ?

Préserver la biodiversité des mers au sud de l’Australie, protéger les algues et apprendre à les aimer telles qu’elles sont : voilà les buts de l’association Holdfast, « un groupe d’artistes et scientifiques citoyens cherchant à mêler leur intérêt artistique pour les algues à la collecte de données et la surveillance de la côte », explique l’Australian Broadcasting Corporation (ABC). Son nom, « Holdfast », vient du terme traduit en français par « crampon » ou « haptère ». C’est l’organe par lequel l’algue s’accroche à son support.
Le festival n’est pas né cette année complètement par hasard. Car la Côte de Calcaire, en Australie méridionale, est désormais mise en danger par la prolifération d’espèces toxiques et invasives.
La zone est régulièrement étouffée par une espèce microscopique. Celle-ci génère un poison, la brévétoxine, qui éteint toute vie alentours, végétale ou animale. En prime, Karenia mikimotoi colore l’eau de baignade d’une sympathique teinte de rouille sanguinolente. En Australie, elle se fait de plus en plus insistante. En juillet dernier, France Info Nouvelle Calédonie rapportait l’annonce en toute urgence, par le Premier Ministre Anthony Albanese, d’« une aide financière de 14 millions de dollars australiens (un peu plus de 932 millions de francs Pacifique) pour les pêcheries touchées et le nettoyage des côtes, entre autres ».
L’algue toxique était déjà présente sur 4 400 kilomètres carrés de côtes lorsqu’elle a été repérée pour la première fois à la mi-mars. » Une catastrophe pour le tourisme et pour la pêche : « On parle d’une mortalité massive qui touche près de 500 espèces marines différentes, dont des éponges et d’autres invertébrés essentiels à la formation de l’habitat, ainsi que des poissons. C’est complètement dévastateur », [explique] Adriana Verges, écologiste marine à l’université de Nouvelle-Galles du Sud.

Tout récemment, ABC a sorti une longue enquête dévoilant l’étrange décalage entre ce que savait le gouvernement, ce qu’il disait au public et la lenteur avec laquelle il prenait des mesures de précaution. C’est un peu moins meurtrier que Les Dents de la Mer, mais ça ravira tous les amateurs d’élus locaux préférant le roi dollar à la santé de leurs compatriotes. La présence de brévétoxine a été dissimulée activement des mois durant, malgré le fait qu’elle peut déclencher des crises chez les personnes asthmatiques, voire des infections sévères ayant conduit à au moins une hospitalisation (sans parler de la catastrophe économique qui a touché la zone). La solution choisie a été de dissimuler ou amender les résultats des enquêtes toxicologiques pour rassurer le public sur l’innocuité de Karenia mikimotoi et nier jusqu’à sa présence, aussi longtemps que possible. Certes, elle n’est pas mortelle mais l’ANSES évoque entre autres « des douleurs abdominales, nausées, vomissements et diarrhées […] des paresthésies (lèvres et extrémité des membres), des vertiges, une asthénie, ainsi qu’une paralysie partielle des membres, des troubles de l’élocution, une perte de coordination et un coma dans les cas les plus graves ». Pas de quoi affoler les autorités, donc :
Ce n’est pas avant début septembre, quatre mois après les premières découvertes de brévétoxine, que le gouvernement a finalement modifié ses consignes sanitaires. Mais l’annonce a été faite de telle façon qu’elle a échappé à la plupart des médias, y compris locaux. Le changement a été mentionné au bout de 11 minutes lors de la communication régulière du gouvernement à la presse sur la prolifération des algues. Et elle est venue d’un scientifique de l’administration, Mike Steer, pas d’un expert en santé publique.
Après des mois de dénégations gouvernementales dès que l’on suggérait que l’épisode de prolifération pourrait provoquer des crises d’asthme, Mr. Steer a déclaré : « le conseil de santé que nous avons maintenant reçu, c’est que, pour les asthmatiques, nous leur conseillons d’apporter leur Ventoline avec eux s’ils vont à la plage ».

L’association Holdfast a donc pris le relais de ce combat contre l’ennemi intérieur. À Port McDonnell, le festival est imaginé pour éveiller la curiosité du public et lui donner envie de préserver la bonne santé de la vie sous-marine à long-terme, dans toute sa richesse et sa splendeur. Cela à coups de balades, d’expositions, de conférence, et d’un total de 15 événements en 6 jours. Une célébration inspirée en partie par le regard esthète d’une peintre et plasticienne avec qui nous partageons un certain amour du gluant.
« Il y a plusieurs années, je n’aurais jamais imaginé que j’aimerais les algues autant qu’aujourd’hui », déclare la co-fondatrice et artiste Jo Fife. « Pour moi, à l’origine, c’était la texture et les couleurs, et le mouvement qu’elles ont quand elles sont dans l’eau. Je pense que c’est l’artiste en moi qui a vu cela ».
Chacun son récif, et les varechs seront bien gardés (proverbe du futur).
Mains d’or
Si vous êtes catholique et que vous aimez faire la fête, notez la date du 18 novembre. Ce sera alors, au jour près, les 400 ans de la consécration de la Basilique Saint-Pierre (celle du Vatican et de la bénédiction « Urbi et Orbi »). Rien de moins que l’entrée en religion (pour de bon et après quelques péripéties) de cet édifice posé sur un ancien cirque romain. Celui justement où aurait été exécuté Saint-Pierre (comme quoi, quand Jésus disait « Sur cette pierre, je construirai mon église », il ne plaisantait pas).
Si vous n’êtes ni catholique, ni même croyant, restez quand même. Parce que, quand il s’agit de célébrer leur histoire, le Saint-Siège et la capitale italienne savent s’y prendre. L’Église nous annonce par exemple l’ajout sur Microsoft Office d’une police de caractère « Michel-Ange » dérivée de l’écriture de l’artiste. Le Palais Barberini a un autre atout dans sa manche. Il organise une exposition fabuleuse autour de l’œuvre du Bernin, en six sections thématiques, jusqu’au 14 juin dans la Galerie nationale d’art ancien.


