En passant par le dojo, avec ma cornemuse
Des bienfaits de la cornemuse face à Parkinson, et des femmes dans le cinéma d'horreur
Bonjour,
permettez-moi de vous souhaiter une heureuse semaine en compagnie, aujourd’hui, de gros sacs, de jeunes samouraïs, de cinéma horrible et féminin et de nations solaires.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.
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Bonne lecture !
Pourquoi tu souffles ?
J’espère que vous aimez quand ça monte dans les aigus, parce qu’on a trouvé un remède à la maladie de Parkinson et c’est la cornemuse. Bon, les choses sont un peu plus compliquées que cela… mais il n’est pas impossible que vous entamiez vos premières gammes avant même la fin de cet article de Spin, magazine musical américain hérité des années 1980.
Précision importante : la cornemuse ne guérit pas de la maladie de Parkinson. Celle-ci, due à la baisse des capacités de production de dopamine au cœur du cerveau, demeure à ce jour incurable. Si elle frappe, on ne peut qu’apprendre à vivre avec, à atténuer et retarder les symptômes. Outre les tremblements, ceux-ci impliquent également le ralentissement des mouvements, les raideurs musculaires et des troubles cognitifs (état dépressif ou fatigue chronique). Il existe des traitements médicamenteux pour aider. Leurs effets indésirables sont parfois lourds et les bénéfices souvent modestes. C’est pourquoi le corps médical recommande les exercices, tant intellectuels que physiques. Ils sont bons pour la santé mentale, l’humeur, le lien social, ce qui est déjà considérable pour alléger un quotidien parfois insupportable. Et ils ont d’autres effets, plus directs. Bouger régulièrement permet, nous dit l’association France Parkinson, de « maintenir ou même améliorer l’amplitude de vos mouvements et la souplesse de vos articulations. […] Des activités comme la marche, la danse, le vélo ou les exercices d’équilibre sont particulièrement bénéfiques pour travailler la coordination, la stabilité et la fluidité des gestes ». Tout cela contribue à prolonger l’autonomie des personnes en souffrance.
D’où la cornemuse. Avec ses 115 décibel de puissance (le seuil de douleur est à 120), on ne pense pas forcément à elle pour alléger son quotidien. Brenda, elle, l’a compris au fil de ses recherches après que la maladie a touché son époux, Robert, en 2018 (le couple n’a pas souhaité communiquer son nom de famille). Une sainte, cette Brenda. Au dévouement d’autant plus admirable que ni elle ni lui ne sont originaires des régions celtiques, mais du sud des États-Unis. Le banjo leur tendait les bras. Mais Robert et Brenda (elle s’y est mise aussi) sont allés au plus difficile, pour leur bien-être et non par masochisme.
Certains mélange accordéon, cornemuse et chœurs mélancoliques dans une même chanson, mais ils ont un tout petit peu d’expérience.
Les bénéfices de cet instrument inventé pour instiller l’envie de meurtre aux soldats en marche pour la bataille viennent justement de sa difficulté qui s’avère extrême. C’est tout simplement « l’un des plus complexes à apprendre et à maîtriser sur la planète » selon Andrew Carlisle, enseignant à l’université Carnegie Mellon (et dix fois champion mondial au sein de la Field Marshal Montgomery Pipe Band) qui explique à Spin :
« Les débutants doivent commencer par apprendre les gammes classiques, les techniques de base et quelques airs élémentaires sur une chanterelle d’entraînement avant de simplement toucher une véritable cornemuse. À ce moment-là, ça devient physiquement éprouvant. Il faut souffler vraiment fort, tout en maintenant les bourdons droit sur son épaule et en apprenant à contrôler la poche de son bras gauche. Par-dessus tout ça, il faut ensuite mémoriser les partitions, le doigté et, une fois que l’on sait maîtriser tout ça, alors on peut étudier le répertoire et jouer avec la finesse technique, travailler son expression musicale, développer l’excellence tonale ».
[…]
« J’ai pensé : quelle parfaite thérapie pour Parkinson », se souvient Brenda qui ajoute « la maladie a un impact sur l’ensemble du corps. S’exercer malgré les tremblements, surmonter les difficultés de son souffle, retenir la musique… ça fait beaucoup. Le neurologue a pensé que c’était une bonne idée ».
Petite complication supplémentaire : l’instrument (en l’espèce le « Great Highland bagpipe ») n’a aucune dynamique. Ce terme musical désigne la capacité à jouer plus ou moins fort à différents moments du morceau. Avec la cornemuse, contrairement à ses terres de naissance, tout est plat. « Ce qui signifie que toutes les astuces par lesquelles les autres instruments transmettent l’intensité, ne serait-ce qu’en appuyant sur le rythme, ne fonctionnent pas pour nous », remarque Peter Walker, le professeur qui a pris Robert sous son aile. « À la place, on utilise un système d’ornementation sophistiqué, formalisé, pour transmettre les accents musicaux et le tempo. Tout cela, il faut l’apprendre avant de pouvoir jouer son premier morceau. »
La docteure Sneha Mantri, neurologue et spécialiste des troubles du mouvement, le confirme : Brenda et Robert on bien choisi en optant pour un instrument aussi délicat. Le souffle et l’agilité des doigts nécessitent de la dopamine et font partie des domaines à entraîner si l’on souffre de la maladie. Elle précise à toutes fins utiles que « apprendre de nouvelles compétences, à toute étape de la vie, aide à bâtir des connexions entre différentes parties du cerveau, ce qui contribue à maintenir celui-ci en bonne santé ».
« Le traitement le plus efficace de la maladie de Parkinson », dit-elle encore, « et de beaucoup d’autres maladies cérébrales, c’est 20 à 30 minutes d’aérobic chaque jour, avec des exercices de renforcement musculaire et d’assouplissement au moins deux fois par semaine. C’est la méthode qui convient pour réduire les risques de développer un trouble neurodégénératif comme Parkinson ou Alzheimer. Parmi les personnes atteintes, celles qui font de l’exercice régulièrement tendent à avoir moins de complications et, d’une manière générale, une meilleure qualité de vie. Se faire des fondations solides, physiques et cognitives, pour la santé de son cerveau, à la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine, paiera des dividendes faramineux au long de vos 60, 70, 80 ans. »
Elle avertit toutefois qu’il faut se protéger les oreilles, car c’est très bruyant. Brenda et Robert abondent : chacun porte un casque anti-bruit quand son conjoint pratique. Je suggère plutôt de quitter la maison pour une balade apaisante dans les doux villages d’Écosse, loin des fanfares bourdonnantes et des parades militaires.
Flûte.
Don’t kill, Bill
Le sabre, une école de la vie. Ça peut paraître idiot mais, quand on lit Concept et Objectif du Kendo, le manifeste de la Fédération Japonaise de Kendo publié en 1975 (le terme « kendo » désigne la pratique du sabre, non l’arme elle-même) on se dit « Tiens, je ferais bien du kendo, moi » :


