Un Jour En Plus

Un Jour En Plus

En passant par la tourbière, avec ma religion

Nouvelles de Chine, du Moyen-Âge, des champignons et du Yorkshire.

févr. 02, 2026
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Bonjour,

permettez-moi de vous souhaiter une excellente semaine en compagnie, aujourd’hui, de soft power, de religion (elle l’a perdue), de mycélium et de floc floc.

Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.

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Bonne lecture !

Glagla (gla)

Hommes et femmes tous vêtus de parkas rouges longues jusqu'aux genoux posent devant une sculpture de glace.
© Harbin Daily Newspaper Industry Group Co., Ltd.

Je ne sais pas comment vous avez passé votre mois de janvier mais c’était sûrement moins bien que cette petite sauterie à Harbin.

Cette ville de dix millions d’habitants au nord-est de la Chine a depuis longtemps fait de sa faiblesse (5 C de température moyenne annuelle) une force. Et ce avec toute la finesse d’un Président de la République souffrant d’inflammation oculaire. Harbin, c’est par exemple le Ice-Snow World, un gigantesque parc à thème qui vient d’ouvrir les portes de sa vingt-septième édition. Comment un parc à thème peut-il avoir plusieurs éditions ? Tout simplement parce qu’il est entièrement construit dans la glace. Ses plus d’un million de mètres carrés de détente doivent donc être bâtis chaque année à partir de zéro. En 2026 par exemple, “la toute nouvelle Grande Scène “Neige et Glace” incorporera des éléments de performance internationale de haut niveau, pour un festin audiovisuel unique”, se réjouit le site officiel de ce parc d’attractions sans équivalent au monde.

La BBC s’y était rendue en 2025. Le reportage photo est assez impressionnant, si vous aimez les châteaux féeriques taillés dans la glace et les bonhommes de neige géants (et sinon, sachez-le, vous n’avez pas de cœur). C’est également l’écrin parfait pour le Sun Island International Snow Sculpture Art Expo, un gigantesque concours de sculptures de neige. Il a un peu de gueule, il faut le reconnaître, comme en témoigne une récente série de photos de l’agence de presse officielle, Xinhua.

Sculpture de neige et glace de plusieurs mètres de haut représentant le visage d'un ourson entouré d'une reconstitution, en neige également, de la muraille de Chine.
© Xinhua.

Tout cela est plein de charme pour les visiteuses et les visiteurs mais, cette année, la plus maline des trois grosses dictatures du globe a décidé de s’ouvrir à l’international en créant le GMD, pour Global Mayor Initiative. Un genre de séminaire pour faciliter les échanges d’idées entre maires et mairesses de grandes villes du monde entier, ayant pour point commun d’être confrontées aux grands froids, glaciers et neiges éternelles. Le communiqué officiel, repris tel quel par le Business Insider, nous en dit plus, avec des sabots si gros que j’en déconseillerais l’usage pour traverser un lac gelé.

(Respirez bien, je conserve la ponctuation d’origine) :

Sous la supervision du Bureau d’Information du Conseil Régional et organisé conjointement par le Bureau d’Information du Gouvernement Populaire de la Province d’Heilongjiang et le Gouvernement Populaire de la Municipalité d’Harbin, avec le quotidien Harbin Daily opérant comme l’un des organisateurs exécutifs, l’initiative “Dialogue mondial des Maires - Harbin” s’est tenue du 6 au 8 janvier à Harbin, la célèbre “Ville de Glace” chinoise. En utilisant la ville comme une vitrine pour présenter les opportunités de la Chine et les maires comme catalyseurs pour échanger des perspectives de gouvernance, l’événement avait pour but de renforcer les savoir-faire entre les villes sœurs, et de promouvoir les échanges économiques, commerciaux et culturels, en présentant au monde le charme authentique et les opportunités abondantes de la Chine. Ce rassemblement mondial autour des thématiques de la neige et de la glace a démontré avec éclat comment Harbin transforme sa culture et son économie typiques, centrées autour de la neige et la glace, en nouveaux moteurs au service d’un développement de haute qualité et d’une plus grande ouverture.

Ce premier GMD d’Harbin rassemblait les édiles de Rovaniemi en Finlande, Magdeburg en Allemagne, Chalandri en Grèce, Bucheon en Corée du Sud, Chiang Mai en Thaïlande, Erzurum en Turquie et Edmonton au Canada. Clairement mon préféré celui-là, toujours le plus enthousiaste sur les photos pour participer aux activités offertes par la diplomatie chinoise, comme ici (bonnet noir, parka rouge et grosses lunettes moches), en train de participer à sculpter le logo GMD dans la glace.

Dans un grand sourire, nos maires s'activent pour graver un bloc de glace aux initiales GMD.
© Harbin Daily Newspaper Industry Group Co., Ltd.

“Dans beaucoup d’endroits, les gens ont souvent l’impression que l’hiver est quelque chose qu’il faut supporter. Mais dans des villes comme Harbin et Edmonton, et beaucoup d’autres villes hivernales, on grandit et on s’épanouit ensemble.”
Andrew Knack, maire d’Edmonton (Alberta, Canada) au China Daily.

Qu’a-t-on fait de beau au Global Mayors Dialogue ? Malgré mes recherches, je n’ai trouvé aucun compte-rendu, aucun document de travail, aucune conclusion, aucune reprise ou reportage dans la presse internationale. Enfin il y a bien un site, lancé à l’occasion, mais il est un peu vide, à l’exception des échos médiatiques du China Daily, de China.org.cn, de Xinhua, du Quotidien du Peuple et du China Global Télévision Network. À quoi il convient d’ajouter, reconnaissons-le, de jolies photos des maires en goguette (les familles d’Harbin n’ont jamais eu l’air aussi heureuses que pour ce selfie au côté du maire de Magdeburg, capitale de la Saxe-Anhalt) et des posters à télécharger avec des jolies vues aériennes.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé. L’enjeu est évidemment que tous ces élus repartent aux quatre coins du monde se féliciter que c’est beau, la Chine, qu’il y a plein de choses à faire, là-bas, et qu’on y est drôlement bien reçu. C’est donc une grande réussite. Regardez-moi ce week-end de rêve :

Vous pourrez même trouver ici une version rallongée d’une bonne minute mais c’est pas obligé.

Ce n’est pas tout :

Les invités ont visité des sites iconiques comme le Harbin Ice-Snow World, la Grande Rue, l’Institut de Technologie et le musée aérospatial. Ils ont participé à la création de sculptures de glace et à des expériences de curling interactives. Ils ont pu poser les mains sur des objets patrimoniaux inestimables et expérimenter le mode de vie d’une culture fondée sur la neige et la glace, ainsi que la vitalité innovante de la ville. […] D’autres activités culturelles dont l’Ode à la Civilisation [en extrait sur Instagram ici, ndlr], jouée par un orchestre symphonique, ont également été organisées afin de promouvoir la compréhension mutuelle entre la Chine et les villes étrangères, via divers formats.

On l’a compris : le GMD est avant tout une belle opération de soft power culturel, cet atout des États lentement délaissé par l’Europe (et plus rapidement encore par les USA), dont la République Populaire semble, à l’inverse, pleinement mesurer l’intérêt. Il n’est pas certain que l’enthousiasme enfantin de nos représentants lors de l’épreuve de pagayage sur glace ait fait beaucoup pour l’aura du Vieux Continent auprès des élites diplomatiques communistes mais —sachons le reconnaître— on peut être certain qu’ils ont bien mangé et ça, c’est important.

Des maires montrent des médailles qui leur ont été remises par la ville de Harbine, entre deux Chinois en tenues polaires traditionnelles.
© Xinhua/Zhang Tao.

Détail rafraîchissant : Harbin a même produit une bande-annonce qui n’a rien à envier aux trailers hollywoodiens, “Below Zero”, pour mettre l’accent sur l’importance de savoir gérer des températures négatives durables dans un mode de vie moderne. Or le réchauffement climatique incluant des épisodes extrêmes des deux côtés du thermomètre (sans parler de la fin possible du Gulf Stream qui refroidirait drastiquement notre propre continent), il faudra peut-être retourner à Harbin… cette fois pour vraiment écouter ce que les locaux ont à nous dire, plutôt que pour reprendre deux fois des nouilles.

Business Insider

En perdant ma religion

Hildegarde de Bingen (von Bingen en allemand) est l’une des figures les plus fascinantes du XIIème siècle après Jésus Christ (qu’elle fréquentait régulièrement dans ses visions mystiques). Je l’avais déjà évoquée ici. Elle mériterait qu’on en parle plus. Mais ce ne sera pas sous ma plume : je crains de ne pas avoir le temps de rédiger les douze volumes biographiques qu’il faudrait pour raconter la vie de cette sainte et génie. Je n’emploie pas le terme à la légère, c’est aussi le titre que lui accorde l’émission Les Grandes Traversées de France Culture (“Génie cosmique”, en 5 épisodes).

Abbesse née dans le Palatinat, Hildegarde a écrit des traités de théologie, de médecine, et j’en passe, et pas moins de soixante-dix chants liturgiques. On peut en entendre un ici, par exemple. Elle a même inventé une langue, 800 ans avant Tolkien et Magma. Mais on va plutôt parler de sa presque homonyme, notre contemporaine Hildegarde von Blingin’.

De son vrai nom Vanessa Hugues, cette chanteuse canadienne est une star du “Bardcore”, un genre musical où les tubes contemporains sont réinterprétés façon chansons de cour, jongleries et divertissements médiévaux.

Sur cette illustration rappelant une enluminure du Moyen-Âge, il est écrit façon anglais ancien : "Thou art like an angel / Thy skin makes me cry."
Et ses captures d’écran peuvent servir de Blind Test, enfin Deaf test, pour le coup. À ces deux vers, reconnaissez-vous cette chanson ?
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