En passant par la Tasmanie, avec le dieu Gadoue
Et un salut à la Tour Fantôme d'Auckland
Bonjour,
permettez-moi de vous souhaiter une heureuse semaine en compagnie, aujourd’hui, de l’ONU, de buldozers, de chalets jolis et d’un temple mystérieux.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.
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Bonne lecture !
Même pas marre
Pendant que les scientifiques du monde entier traquent avec anxiété la survenue d’El Niño, ce phénomène météorologique qui, lié au changement climatique, pourrait avoir des conséquences que l’on va continuer à ignorer pour l’instant, les victimes du réchauffement luttent toujours pour la Justice. C’était le sujet majeur de la 24ème session, qui vient de s’achever à New York, de l’Instance Permanente des Nations Unies sur les questions autochtones.

Plus personne n’ignore, j’espère, que les pays riches (et les habitants les plus riches des pays riches) sont principalement responsables du réchauffement dont les conséquences les plus tragiques sont pour les pays pauvres (et les habitants les plus pauvres des pays pauvres). Les peuples autochtones du monde entier sont aux premières loges, soit qu’ils se trouvent menacés dans leurs modes de vie traditionnels, soit en raison de leur difficile et souvent incomplète intégration dans la population. Aussi parce que leur habitat, voire leur pays, peut s’avérer tout simplement menacé de disparition. C’est le cas, à horizon proche, pour les îles du Pacifique, dont la submersion a déjà commencé.
Le combat continue donc, et bénéficie de nouveaux alliés, nous raconte Grist. « C’est un moment d’opportunité », veut croire Luisa Castañeda-Quintana, directrice exécutive du groupe de pression Land is Life. « Ces opinions consultatives ne sont pas des symboles, elles sont des instruments de pouvoir », expliquait-elle lundi dernier devant des centaines de lobbyistes autochtones. « [Ces décisions] peuvent et doivent être utilisées pour renforcer les droits des peuples autochtones à tous les niveaux », a-t-elle insisté. « Mais pour ce faire, ces mêmes peuples doivent les revendiquer, se les approprier, les intégrer dans leurs récits et les porter dans chaque espace où leurs futurs se décident ».
Les décisions dont elle parle sont au nombre de deux et elles sont, effectivement, très claires. La première vient de la Cour Internationale de Justice sous la forme de son avis du 23 juillet 2025 dans lequel, nous résume le site de l’administration française Vie Publique. elle estime « que la violation des obligations climatiques constitue un “fait internationalement illicite” engageant la responsabilité des États ».
Un communiqué de presse du 23 juillet 2025 souligne que l’avis a été adopté à l’unanimité, ce qui s’est produit seulement cinq fois depuis la création de la Cour il y a environ 80 ans.
Formulé en réponse à une requête déposée par des étudiants du Vanuatu portant « sur l’interprétation du droit international concernant la protection du climat », cet avis stipule que « les conséquences juridiques résultant de la commission d’un fait internationalement illicite peuvent inclure […] la réparation intégrale [du préjudice subi] pour les États lésés sous forme de restitution, de compensation et de satisfaction ». La Cour rappelle également que les États ont « des obligations strictes de protéger le système climatique » et souligne aussi que le climat doit être « protégé pour les générations présentes et futures ». Vie Publique (dont proviennent toutes ces citations) rappelle à ce propos que « Cette notion de “générations futures” avait été récusée par certains États pollueurs qui refusaient de reconnaître les droits d’individus qui n’étaient pas encore nés ». Ou qui (à mon avis) imaginaient avec leur optimisme habituel que vivre dans un monde invivable leur conviendra finalement très bien.

Un soupçon de cynisme (vous le sentez pointer, vous aussi ?) pourrait nous donner envie de balayer cette opinion d’un revers de la main. Un avis consultatif, est-ce que ça sert à quelque chose ? Eh bien oui, parce qu’il faut bien commencer et surtout parce qu’il peut être recyclé en drapeau assez convaincant dans les divers combats écologiques et climatiques à travers le globe. Avec un soupçon de menace qui ne fait de mal à personne, à aucune personne vaguement humaine du moins. C’est là-dessus qu’insiste Grist : partout, des tas de projets industriels, d’acteurs, d’entreprises ou de purs et simples criminels sont condamnés par les justices de leurs propres pays à payer, à réparer et à arrêter de tout détruire autour d’eux. Mais dans ces cas-là, il n’y a pas de miracle : c’est au pouvoir exécutif de prendre le relais pour faire appliquer ces jugements. C’est parfois une autre paire de manches. Un exemple :
Ce fossé entre reconnaissance légale et mise en application est particulièrement voyant en Équateur. Magaly Ruiz Cajas, membre du Conseil Judiciaire du Pays, qui s’exprimait également lors de la session [de l’instance des Nations Unies], a relevé que la Constitution de son pays reconnaît les droits de la nature depuis 2008. « En Équateur, la justice verte n’est pas une option, c’est une obligation », a-t-elle dit, pointant vers certaines décisions judiciaires, comme un jugement de 2011 relatif à la pollution dans le fleuve Vilcabamba.
Mais de nombreux intervenants équatoriens ont affirmé que ces protections constitutionnelles n’ont pas empêché les entreprises d’ignorer les droits de propriété des autochtones sur leurs terres. Juan Bay, président de la Nation Waorani, a déclaré que l’Équateur ne se soumet pas plus à la législation nationale qu’au droit international quand il s’agit de protéger les peuples qui vivent dans l’isolement volontaire ou près des puits de pétrole […]. En février, Quito a passé une loi qui affaiblit les exigences de protection environnementale dans le but d’accélérer les projets de minage, sans se soucier des critiques des organisations écologiques ou autochtones.

C’est là qu’entrent en jeu la mobilisation citoyenne, les groupes de pression, les associations, l’ONU… et la Cour Internationale de Justice. En tête de cette alliance rebelle, on trouve également le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, le docteur (en droit international des droits humains) Albert Kwokwo Barume.
La deuxième décision évoquée plus haut vient de la cour interaméricaine des droits de l’homme. Elle date aussi de l’été dernier et « appelle les gouvernements à réduire leurs émissions d’énergie fossile et à intégrer les connaissances autochtones aux politiques climatiques », écrit encore Grist. Une décision « applicable aux 34 pays qui constituent l’Organisation des États d’Amérique dont les États-Unis et le Canada », rappelle Human Rights Watch. « Cette opinion sert déjà de référence vitale pour les cours, pour les législateurs et pour les militants des Amériques. Elle est un tournant pour les communautés en lutte pour leur survie, pour les générations futures dont les vies sont en jeu et pour les écosystèmes au bord de la rupture. Elle offre une boussole légale –et morale– et elle dessine une trajectoire dans laquelle la dignité humaine, l’intégrité de l’environnement et la justice intergénérationnelle ne sont pas seulement des idéaux, mais des droits applicables », rebondit le Center for International Environmental Law, le CIEL.

Ça commence à faire beaucoup de décisions, de papier, d’espoirs et de détermination à peser dans la balance aux mains de la Justice. Et d’armes aux mains du Vanuatu pour redoubler l’assaut : en février dernier, il a appelé l’Assemblée des Nations Unies à faire sien l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice. Avec son médiocre mépris habituel, Donald Trump a appelé la nation du Pacifique à abandonner ce combat (avant d’aller se rendormir devant les caméras de son pays) et le vote a été repoussé, mais pas abandonné. Il pourrait même se tenir dès ce mois de mai. Chacune et chacun peut le soutenir et le faire connaître grâce à la campagne de La Jeunesse Mondiale pour la Justice Climatique.
Celle-ci rappelle :
Le projet de résolution, auquel a contribué un groupe restreint d’États issus de différentes régions, a été transmis à tous les États membres de l’ONU et fera l’objet de discussions lors de consultations informelles à New York. Le Vanuatu a mis en avant trois objectifs généraux pour ce projet initial :
- accueillir pleinement et sans réserve l’avis consultatif de la CIJ ;
- renforcer l’action en faveur du climat conformément aux obligations juridiques précisées ;
- faire progresser la justice climatique grâce à des mécanismes visant à favoriser la mise en œuvre de l’avis consultatif.
« Dans le contexte géopolitique actuel, un engagement sans faille en faveur de l’État de droit est plus important que jamais », a souligné Ralph Regenvanu, ministre du Changement climatique de Vanuatu. « Le changement climatique ne fait pas exception. Il est essentiel, pour la crédibilité du système international et pour une action collective efficace, de respecter la clarification apportée par la Cour concernant les obligations existantes. »
On ignore encore si le vote passera. On ne sait pas non plus si, comme je le crois, l’histoire s’écrit bien plus dans ces réunions et ces couloirs que sur les plateaux de BFM TV. On peut affirmer en revanche sans risque de se tromper que, dans le futur, le symbole de la Justice n’aura plus l’apparence d’une jeune femme aux yeux bandés, mais bien d’un guerrier mélanésien, emblème de la République du Vanuatu et de son archipel paradisiaque.
Chute libre
C’est beau, non ? Non, c’est une ruine. Dans les deux sens du terme : ça tombe en ruine et ça va vous ruiner. Cette piscine, imaginée par les architectes australiens de Peddle Thorp, devait agrémenter la Tour Seascape à Auckland. Le nom « Seascape » signifie « Vue sur Mer », parce qu’elle devait avoir vue sur la mer. Prévue pour être la plus haute de la façade maritime donnant sur le port spectaculaire de Waitemata, elle est assez splendide, il faut le reconnaître, tant qu’on en reste aux rendus informatiques. 187 mètres de haut, 52 étages, 5 sous-sols, 221 appartements et 5 penthouses à 22 millions de dollars pièce : la Seascape a titillé plus d’un P.E.L. Elle vient d’être mise en vente.
Quand je dis « elle », c’est elle. Pas ses studios, pas ses duplex, pas même ses parkings… Mais bien la tour toute entière, encore en chantier mais à la structure achevée. Elle vous est proposée, à vous, à votre patron, à qui en voudra, par l’intermédiaire du promoteur immobilier Bayleys Real Estate. Si elle vous plaît, foncez : personne n’en veut. Je n’ai pas pu confirmer son prix mais son budget initial était de 300 millions de dollars.

La pauvrette, debout mais inhabitable, est désormais surnommée « la tour fantôme ». Elle est victime d’une embrouille entre deux parties au projet, le développeur chinois Shundi Customs et le constructeur China Construction (également chinois comme son nom l’indique). Ce ne sont pas des petits acteurs. On doit à ce dernier le World Financial Center de Shanghai (célèbre pour sa forme de décapsuleur géant), la piscine olympique des J.O. de Pékin et même le golf de Donald Trump à Dubaï. Le contrat permettant de lancer les travaux a été signé en 2017 et la construction a démarré presque aussitôt. Il y a eu quelques retards au moment des confinements mais rien d’insurmontable. La pierre et l’acier s’enlacèrent ensuite sans accrocs jusqu’à ce que China Construction réclame à Shundi Customs le paiement d’une facture de 30 millions de dollars. Une requête à laquelle le débiteur a répondu, en langage juridique : « alors là vraiment, je ne vois pas du tout de quoi vous parlez ».
Le magazine néo-zélandais Stuff raconte, en septembre 2024 :
Les premiers signes du conflit se sont manifestés quand le rythme du chantier a commencé à ralentir au mois de mai. Début août, la ville a été prévenue que le travail allait être mis « en pause ». Puis, le 21, China Construction en a eu assez et a annoncé la cessation des travaux, en demandant à ses 25 sous-traitants de quitter le site.
La relation entre les deux parties contraste vivement avec ce qu’elle était à ses débuts. Le site web de Seascape nous dit : « Pour s’assurer que le bâtiment sera construit avec la vitesse et l’expertise requises pour une si grande tour, Shundi fait appel à China Construction. Ensemble, ils partagent une longue histoire de travail en commun […] Vous pouvez acheter en confiance car Shundi achèvera ce magnifique building dans les délais indiqués ».

L’affaire s’est depuis embourbée en justice et devrait se finir devant la Cour Suprême de Nouvelle-Zélande (ou le bureau envahi de fumée de cigare d’un responsable du parti communiste chinois). En tout état de cause, les anciens amis ont préféré, toujours en langage juridique, « se débarrasser de cette merde ».
En partenariat avec l’agence mondiale Knight Frank, Bayleys Real Estate a reçu l’ordre, via les administrateurs de Shundi (Brendon Gibson et Neale Jackson de Calibre Partners), de gérer le processus de vente.
Dans un communiqué, ils affirment que cela permettra aux capitaux versés de rejoindre un projet « bien avancé » et d’accélérer son processus d’achèvement. « Avec une construction verticale déjà remarquablement complète et une flexibilité en matière de planning, Seascape est positionnée comme une opportunité de développement prête à être conclue ». Pour le président et directeur exécutif de Bayleys, Mike Bayley, des opportunités de cette ampleur et de ce type sont « rarement disponibles » sur le marché.
La spécialiste Immobilier du New Zeland Herald, Ann Gibson, est plus sceptique. Après avoir rappelé que l’hypothèse de construire une tour reposant sur 5 niveaux souterrains en bordure de mer (et même, concrètement, sur une zone gagnée sur la mer) avait dès l’origine suscité quelques interrogations, elle envisage « 3 scénarios » :
« 1, c’est qu’elle soit vendue. Mais, là comme ça, je ne vois personne qui pourrait être intéressé à l’idée d’acheter une tour avec une façade à moitié terminée et une superstructure exposée aux éléments depuis août 2024.
2, Elle reste, en gros, telle qu’elle est, pendant encore plusieurs années. Ce serait comme un monument au concept de ratage, au cœur de notre ligne d’horizon, ce qui serait vraiment dommage pour Auckland.
Le troisième scénario, que j’entends de plus en plus fréquemment évoqué par les acteurs du secteur, c’est le démarrage du plus grand projet de démolition de l’histoire du pays. »
Malgré tout, le promoteur y croit. Ou veut faire croire qu’il y croit : « Seascape représente une occasion unique, à un point d’inflexion. Le développement a progressé au-delà des étapes les plus coûteuses en temps, ce qui permet à de futurs investissements d’avoir en ligne de mire la livraison, l’optimisation et la création de valeur », insiste Mike Bayley, très convaincant.
Quant à ce plâtre dont un voisin dit qu’il a commencé à tomber du 56ème étage, alors là, aucune inquiétude à avoir, a confirmé la municipalité au Auckland Tribune :
Après enquête, le conseil municipal d’Auckland a déterminé que la situation est sous contrôle. Ian McCormick, directeur général des permis de construire, a affirmé que les équipes de mise en conformité se sont rendues sur place et ont rencontré Icon, l’entreprise de BTP qui a repris la main sur la gestion du site.
« Nous avons compris que le matériau qui est tombé est de la peinture écaillée sur les poutrelles d’acier, ce qui ne pose aucun risque de sécurité », a déclaré M. McCormick. Il a ajouté que Icon avait pris les mesures nécessaires pour régler le problème. « Icon nous a informés avoir recruté quelqu’un pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de débris sur le site ou aux alentours ».
M. McCormick a également confirmé qu’Icon est entré directement en contact avec le plaignant et a nettoyé sa propriété. Malgré cela, ce voisin inquiet maintient que le matériau est bien du plâtre et a choisi d’adresser dorénavant ses plaintes directement aux médias.
S’il y a quelqu’un en qui j’ai encore moins confiance qu’une entreprise de travaux publics, c’est bien un voisin soucieux. Mais heureusement pour eux, je suis là. J’ai trouvé l’homme de la situation, en la personne de Victor Vautier, le vendeur le plus doué au monde. S’ils ne peuvent mettre la main sur lui, je leur recommande au minimum un escroc de la même dimension.
Tremper les orteils
Juste à côté, en Tasmanie à 2 500 kilomètres à vol d’oiseau, on est capable de finir un chantier. Un chantier de cabane, certes, mais de cabane de luxe et de luxe soutenable, qui plus est. Le studio australien Align est fier d’annoncer l’achèvement de sa nouvelle résidence balnéaire cossue, nichée sur un grand rocher de l’océan Pacifique. Cet endroit loin de tout a pour nom la péninsule Freycinet en l’honneur de son découvreur, le Français Louis de Freycinet (1779-1842), un géologue de Montélimar qui avait la bougeotte et qui a gardé de ses années d’exploration une page Wikipédia délicieuse.
Cette île d’environ un hectare s’appelle « Picnic Island », comme pour nous dire « oh vous savez, moi je suis juste un coin à pique-nique tout simple ». Alors qu’on parle d’une île privée, à habiter en location « all-inclusive », selon le fier slogan de son site internet.

Cette coquette addition à l’île aux pique-niques, nous apprend le magazine d’architecture Dezeen, est un chalet « qui fonctionne autant comme séjour à l’écart du monde que comme sanctuaire protecteur des manchots et des oiseaux marins ».
Le principe au cœur de ce chalet est celui d’une philosophie d’écologie rigoureuse. C’est une incarnation du concept d’agir « avec précaution », pour reprendre les termes de Saxon Hall, l’architecte en charge du projet.
« Ce qui signifie que nous avons mis en place une indépendance complète de la grille électrique, et mis à profit les avancées scientifiques en matière de rendement et d’isolation. Nous avons également éliminé tout déchet de construction », ajoute-t-il avant de poursuivre : « Nous avons œuvré à un plan rigoureux de gestion des manchots pygmées en étudiant leurs chemins et leurs trajets afin de nous assurer que l’infrastructure demeure invisible à la faune, tout en préservant ou en réinstallant à sa place, avec soin, toute pierre et toute végétation ».
Néanmoins, si vous vouliez être tranquille, je vous préviens tout de suite : c’est une arnaque. Vous voyez cette autre maison, de l’autre côté ? Non, pas sur la photo du début, cadré bien à propos au millimètre près. Sur celle-ci :
Cette charmante baraque est déjà disponible à la réservation, elle. Trois suites au total, pouvant accueillir huit personnes « qui pourront se réunir autour d’un feu suspendu et ouvert pour contempler un front de mer en permanence changeant […]. Votre chef privé fera de la véritable magie à partir des produits locaux de la plus haute qualité, tandis que vous admirerez la lumière raser les iconiques pics en granite de Freycinet ».

Ça reste dommage d’aller passer des vacances sur une île privée d’un hectare au large de l’Australie pour se retrouver avec des voisins. Des parvenus en plus.
C’est pourquoi je lui préfère ce spot, toujours en Tasmanie mais plus tranquille. Et puis plus résistant en cas d’effondrement. C’est une résidence conçue par le cabinet d’architecture de Room11. Elle est « totalement électrique et autonome grâce à l’usage de panneaux photovoltaïques et d’un système de collecte d’eau de pluie. Elle intègre également son propre système de ventilation et de récupérateur de chaleur. Elle obéit aux standards les plus élevés de maison passive grâce à son isolation et à sa conservation de l’air des plus rigoureuses ».
Mignon et, en plus, béton.
Elle occupe une surface de 2 hectares au sud-est de la terre et offre une vue sur 400 mètres de bord de mer privatif, le tout accessible en ferry via le canal D’Entrecasteaux.
Tout comme Freycinet, le chevalier d’Entrecasteaux est un Français curieux. Lancé à la recherche de La Pérouse par un Louis XVI inquiet, il est décédé du scorbut au large de la Nouvelle-Guinée le 3 thermidor de l’an I. Les aristocrates savaient se rendre utiles à l’époque.
Priez mouillés
Prenez une assiette creuse. Jetez-y vos déchets alimentaires. Ajoutez de l’eau et laissez macérer : et voilà, vous avez un temple égyptien ! Un temple en l’honneur du dieu Boue, réplique presque exacte de celui de Pelusium, à l’est du delta du Nil.

Une ville à la riche histoire que nous conte The Art Newspaper :
La ville de Pelusium a été fondée aux alentours de 800 avant J.C., sur une terre autrefois submergée, entre le littoral et les marais du Delta du Nil. Elle a été un carrefour culturel tout au long de son existence. Au fil des siècles, elle a servi à la fois de forteresse contre les envahisseurs et de nœud commercial. Son importance stratégique a crû significativement lors de la période de l’Égypte Tardive (vers 664-610 avant J.C.). Elle est ensuite devenue une capitale provinciale de Rome, puis un centre religieux important pour les communautés catholiques et orthodoxes. Aujourd’hui, elle se situe à une trentaine de kilomètres de Port-Saïd.
Les premières excavations de ce temple au rôle et au format inédits en Égypte ancienne remontent à 2019. On exhume alors le mur qui le ceinture, dont la maçonnerie en briques atteste d’une influence romaine. La forme circulaire du bâtiment laisse d’abord imaginer qu’il s’agit du sénat de la ville. Las, c’est une fonction finalement peu compatible avec la caractéristique majeure de l’édifice finalement mise au jour. À savoir qu’il était conçu pour être inondé par le Nil.
Le Nil était en lui-même une divinité pour toute la civilisation égyptienne. Source d’eau considérable au milieu du désert, il entrait régulièrement en crue, fertilisant de ses eaux boueuses et donc riches en nutriments les terres alentours. Des millénaires durant, toute l’agriculture et l’économie de ce prodigieux empire ont reposé sur ce phénomène naturel, vénéré et personnifié sous la forme du dieu Hâpy.
Pelusius est une entité plus mystérieuse. Son nom vient d’un terme grec pouvant désigner l’argile, mais aussi la vase ou le limon. Une force de la nature à sa manière, donc. Certainement bénéfique quoique peu ragoutante. Même si la piste reste à confirmer : on n’a pas retrouvé la statue qui était installée au milieu des eaux, une fois celles-ci déversées dans ce temple aquatique. L’hypothèse Pelusius, le dieu-Boue, est la plus logique mais elle reste à confirmer.
L’égyptologue Steve Harvey nous a confié que, s’il trouve la forme circulaire du temple d’eau intrigante, « son rapprochement à Pelusius n’apparaît pas certain ». Pelusius est « une figure évasive », dit-il, liée de près au récit fait par le philosophe gréco-romain Plutarque du mythe des anciens dieux égyptiens Isis et Osiris. Pour lui, en apprendre plus sur le temple « permettra peut-être d’en apprendre plus sur cette divinité ».
Et peut-être d’écrire son évangile, qui commencera par ces mots : « Appelez-moi Splotch Splotch ».
Mais aussi mais encore
Les infos qui ont failli m’échapper
L’ONG Wetlands International a créé un atlas interactif des zones humides d’Afrique (pour l’instant centré sur le Sahel et la Corne du continent). « Les zones humides sont toujours vues par un prisme déformant, qui transforme les rivières en aqueducs, les lacs en réservoirs […] et le reste en friches qu’il convient de convertir », déplore Richard Lee, son directeur de communication. « Ce qui fait l’impasse sur tous leurs bénéfices comme la sécurité alimentaire, la protection contre les inondations, l’importance culturelle et la résilience ou l’adaptation climatique ». (MongaBay) — Le groupe de presse américain Condé Nast arrête Self, un magazine dédié aux maladies chroniques « qui a joué un rôle important pour nourrir la discussion sur la santé et le bien-être », selon Roger Lynch, le PDG du groupe. Pour beaucoup de malades, c’est la fin d’un titre mythique, vieux de presque 50 ans, qui apportait à la fois soutien, conseils et astuces pour apprendre à vivre avec une maladie incurable. (Mother Jones) — Accusé d’avoir siphonné 850 litres d’essence dans un chantier, un homme de 32 ans comparaît devant le tribunal d’Invercargill en Nouvelle-Zélande. La police a saisi 11 jerrycans de 20 litres à son domicile, ce qui va compliquer sa défense. « Cette arrestation rapide doit servir d’avertissement à toutes celles et ceux qui commettent ce genre délit : nous vous demanderons des comptes », a déclaré l’officier de police Scott MacKenzie, dont le nom sonne plus néo-zélandais que le plus néo-zélandais des noms. (Stuff) — Le gouvernement finlandais prépare son Budget annuel et prévoit 400 millions d’euros de coupes. Plus de la moitié concerne les services sociaux et la santé publique. Le gouvernement s’engage à ce que les économies atteignent dix milliards d’euros sur l’ensemble du mandat de Petteri Orpo qui, en dehors d’une belle carrière politique depuis ses années de syndicalisme étudiant, n’a jamais travaillé de sa vie. (Helsinki Times) — Denis Allayarov, le directeur de l’agence de presse russe pro-Poutine Ura, a été reconnu coupable d’avoir corrompu son oncle, policier, pour obtenir des informations confidentielles sur le ministère de l’Intérieur de la région de Yekaterinburg en vue de leur publication. Il a été condamné à 5 ans de prison et 1,2 million de roubles d’amende (environ 15 000 euros). Ses soutiens affirment que le gouvernement cherche surtout à reprendre la main sur le média, rappelant qu’en octobre, la cour de Yekaterinburg avait déjà ordonné la saisie des biens de ses propriétaires précédents, Artyom Bikov et Alexei Bobrov. (The Moscow Times) — En 2025, les nouvelles installations d’électricité renouvelable ont correspondu, en quantité de puissance, à la croissance de la demande sur l’année selon le Global Electricity Review 2026 de l’ONG EMBER. Leur part dans le mix énergétique mondial dépasse désormais celle du charbon. (Down to Earth) — Lors d’un séjour officiel à New Delhi, le Premier Ministre sud-coréen annonce la signature d’un nouveau partenariat commercial et stratégique avec l’Inde dans les secteurs de la construction navale, des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle, de l’énergie propre et de l’infrastructure numérique. L’objectif est de 50 milliards de dollars d’échanges entre les deux pays à l’horizon 2030. (Intellinews) — Le télescope spatial XRISM a mesuré des vents allant à 3,21 millions de kilomètres par heure au sein de la galaxie du Cigare. À 12 millions d’années-lumière de la Terre (dans la Grande Ourse), ces vents spatiaux sont consécutifs à la formation d’étoiles. La température atteignant 25 millions de degrés Celsius en son cœur, la pression expulse les gaz à ces vitesses prodigieuses sur des dizaines d’années-lumière. Ce qui repose la question millénaire : y a-t-il encore des saisons ? (Techno-Science).

Le Jour en Plus de la semaine prochaine sera un peu différent des autres et vous proposera la traduction d’un texte que j’ai trouvé absolument délicieux sur l’intelligence artificielle, accompagné bien entendu d’une ou deux blagues complémentaires. À lire et relire, je l’espère, durant les deux semaines de pause régénératrices offertes par ce mois de mai. Rendez-vous donc la semaine prochaine, le 4 mai, puis le 25, pour la Pentecôte !
Gardons les pieds sur Terre pendant que ça tourne !
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Merci à Marjorie Risacher pour ses coquillicides impitoyables.








