Un Jour En Plus

Un Jour En Plus

En passant par la Jordanie, avec la relativité

Mais on parle aussi prototaxites et grizzlis.

févr. 16, 2026
∙ abonné payant

Bonjour,

permettez-moi de vous souhaiter une excellente semaine en compagnie, aujourd’hui, de tendresse, de petit c, de prototaxites et de cinéastes poilus.

Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.

N’hésitez pas à transférer cette infolettre si vous pensez qu’elle pourrait intéresser votre entourage… ou vos réseaux ! (Le premier sujet est toujours accessible gratuitement).

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Bonne lecture !

Un abo ? Quel beau cadeau !

Aimer en paix

J’ai pris des risques, cette semaine : mon historique de recherche Google sait désormais que j’ai consulté, ce 12 février à 14H03, une sourate du Coran. Cela pour en comprendre la signification. Le verset 21 de la sourate Ar-Rum dit, à propos du mariage : “Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de la mawadda et de la rahma. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent.”

L’idée était de comprendre ce qu’est cette mawadda, et sa pote la rahma. Deux mots qui sont généralement traduits par “affection” et “bonté”, mais dans lesquels il faut voir un sens plus subtil, précise Coran de mon Cœur (je mets le lien car, il faut vous y faire, on est dans le même bateau, maintenant) :

Nous avons tous déjà entendu l’expression “Au début, c’est tout beau, tout rose”. Le terme de mawadda évoque exactement cela ! C’est un amour à la fois intense, passionnel, mais tout en étant sain. C’est la phase “lune de miel” que l’on connaît dans les débuts du mariage.

Cette forme d’amour n’a pas forcément vocation à durer. Il est très courant qu’avec le temps, la passion s’estompe. Ce n’est d’ailleurs pas un mal. Il ne faut pas remettre en question son mariage lorsque l’on sent que la passion se dissipe, car c’est justement là que la rahma prend sa place […].

La rahma évoque également l’amour. Mais contrairement à la passion qu’évoque la “mawadda”, la rahma est un amour durable et bienveillant.

La rahma, c’est aussi l’amour d’une mère à son enfant, au moment même où elle le découvre. Et que fait une mère lorsque son enfant fait une bêtise ? Elle continue à l’aimer, à prendre soin de lui et à s’en occuper. C’est la même chose entre les époux : quelles que soient les difficultés, ils prennent soin l’un de l’autre. Ils continuent à nourrir leur mariage. Il n’y a que la rahma qui puisse produire cet effet-là.

J’ai laissé un peu de longueur parce que c’est joli. Mais le sujet du jour n’est pas d’aider votre couple à durer. Je laisse cela à Raneem Hijazi, une jeune femme “passionnée par les médias numériques, par les enjeux de la jeunesse et des femmes, et convaincue que tout vrai changement commence par la connaissance” telle que la décrit The New Arab.

Page d'accueil de site internet, entièrement écrit en langue arabe, avec quelques images stylisées, dont les deux masques tragique et comique du théâtre.
Page d’accueil du Centre Hikaya pour le Développement de la Société Civile.

Depuis la Jordanie, où elle exerce en tant que cheffe de projet au Centre Hikaya pour le Développement de la Société Civile, elle a lancé il y a 4 ans Mawadda, “une plateforme d’information sur la santé sexuelle et reproductive”. Destinée aux femmes, elle a pour caractéristique, plutôt rare, d’être en langue arabe sans pour autant voiler les mots de la sexualité. Car Raneem s’est choisie comme public cible les croyantes, jusque dans les familles conservatrices.

Sur Mawadda (.org, à ne pas confondre avec le .net, un site de rencontres francophone), on peut chercher les réponses à toutes ses questions. Y compris à celles que l’on ne pose pas. Les réponses viennent de professionnels de la santé. The New Arab cite, à titre d’exemple, des sujets “qui vont des conséquences d’une mastectomie sur la vie sexuelle aux signes qu’un mariage est toxique, en passant par les idées fausses sur le préservatif ou la sexualité post-ménopause.”

Mawadda se confronte aux tabous sociaux sans fard, sous forme de contenu multimédia et d’articles. Dans une grande partie de la région arabe, les informations exactes sur la santé sexuelle et reproductive sont limitées, ce qui génère de nombreux mythes. Des mythes que le site déconstruit depuis son lancement en 2022, grâce à un contenu en langue arabe à la fois rare, scientifique et culturellement sensible.

“Le plus gros défi que nous avons eu à relever, c’était d’aborder de tels sujets dans une société conservatrice, de présenter ce que nous avions à dire avec audace mais aussi avec respect”, raconte Raneem.

“Je veux toucher les communautés conservatrices, qui ne discutent pas de ces sujets de façon ouverte”.
Raneem Hijazi, fondatrice de Mawadda.org.

Vous voyez le Charlie Hebdo de Riss ? Pareil, sauf que c’est exactement le contraire : plutôt qu’insulter et railler, d’abord essayer de faire œuvre utile, en gardant à l’esprit la diversité des modes de vie. Attirer et conserver l’attention des personnes que l’on dit vouloir aider. Instruire des femmes élevée dans l’islam rigoriste, dans un monde aux tabous si puissants que, parfois, elles ne savent même pas en quoi consiste une nuit de noces au moment d’entrer dans la chambre nuptiale, comme le raconte une jeune femme de 26 ans (et comme cela a longtemps été le cas dans nos cultures). Taqwa a été traumatisée le soir de son mariage. Il lui a fallu Mawadda pour comprendre qu’elle souffrait de vaginisme, que c’était ça qui rendait ses rapports douloureux et que ça se soignait. En quelques semaines, “sa vie maritale a changé du tout au tout”. Elle n’a pas tardé à faire la promo du site auprès de ses copines.

Une autre utilisatrice, qui a découvert la plateforme “grâce à des amies”, raconte aussi s’être tournée vers celle-ci pour comprendre comment parler à son enfant entrant dans l’adolescence. “C’était difficile au début, mon fils avait le plus grand mal à s’ouvrir à moi sur ces sujets intimes. Mais petit à petit, il m’a fait confiance et nous avons pu discuter sans embarras, quand il a réalisé que je comprenais les changements et les bouleversements qu’il traversait”, dit-elle. Elle aussi, rapidement, a fait la promo de Mawadda auprès des copines.

Page d'accueil d'un site internet entièrement en langue arabe, avec des images stylisées, dont des lèvres pulpeuses ou un couple s'embrassant (au sens littéral)
Page d’accueil de Mawadda.

Pour réussir son pari et faire entrer l’éducation sexuelle au cœur des couples les plus fermés, Raneem Hijazi s’est appuyée sur un art mystérieux, une pratique obscure venue de temps anciens, un art impénétrable : le dialogue dans le respect et la bienveillance, l’écoute. Elle en donne la recette étape par étape.

“Nous avons séduit notre audience parce que nous avons évité les confrontations avec la société, en utilisant un langage approprié, en respectant la vie privée, en ouvrant la porte au dialogue”, se souvient Raneem. Elle a conçu sa plateforme pour être un pont entre science et coutumes, “pour rapprocher ces concepts de la culture locale et des traditions, plutôt que les imposer”.

En trois ans, Mawadda a acquis une audience toujours croissante de plus de deux millions d’abonnés, tous réseaux sociaux confondus. À ce jour, plus de 700 articles et plus de 100 podcasts et vidéos ont été publiés, ce qui attire des milliers de visiteurs uniques de divers pays arabes.

Parfois, ça paraît tellement simple de faire du bien, plutôt que du mal. Vraiment, on devrait en faire une habitude.

The New Arab

Midi à quatorze heures

Comme tout le monde, vous vous demandez souvent si, au fond, Einstein avait raison. Je vous comprends. Pour avoir la réponse à cette question…

Attendez, avant de poursuivre, je vous le dis tout de suite : oui, il avait raison.

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