En passant par Durban, avec le roi Arthur
Et un crochet par mon île déserte en Grèce
Bonjour,
permettez-moi de vous souhaiter une heureuse semaine en compagnie, aujourd’hui, du DFM, de Poipet, de Marki et du crave.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.
N’hésitez pas à transférer cette infolettre si vous pensez qu’elle pourrait intéresser votre entourage… ou vos réseaux ! (Le premier sujet est toujours accessible gratuitement).
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Bonne lecture !
Avant la première avant-première
En 1983, à la question « Est-ce que vos films sont bien compris en Europe ? », l’écrivain et réalisateur sénégalais Ousmane Sembène répondit :
C’est cette conclusion —« Pourquoi voulez-vous que je sois comme le tournesol qui tourne autour du soleil ? Je suis moi-même le soleil »— qui sert de devise au Marché International du Film de Durban cette année. À l’annonce de son programme cette semaine, le festival a ainsi dévoilé la philosophie qui accompagnera sa dix-septième édition qui se tiendra, du 9 au 12 octobre prochains, sous le thème Les mondes changent. Tournons-nous vers nous-mêmes.
Le monde s’est mis en mouvement. Les structures économiques et sociales changent, déstabilisées par des actions politiques qui redéfinissent l’avenir et le mettent à l’épreuve, tout comme nos cultures et nos communautés. Le moment est venu de faire un choix. Celui de revendiquer notre histoire, notre vision et notre art.
En cette époque d’incertitude, le Marché du Film de Durban [en anglais : le Durban FilmMart ou DFM, NDLR] crée un espace qui permettra de recentrer les possibilités mondiales autour d’un même engagement : celui de financer et de coproduire du contenu audiovisuel haut-de-gamme. C’est un travail qui exige plus que des bonnes intentions et qui ne peut être le fruit que d’un travail en commun. Chaque percée dans la coproduction peut servir d’exemple. Chaque négociation menée avec succès, pour des contrats équitables, élève les standards de tous.
Comme son nom et ses ambitions l’indiquent, le DFM est d’abord un marché. Réalisateurs débutants ou confirmés du continent lui soumettent en amont leurs projets. Celles et ceux qui sont retenus sont ensuite invités sur place afin d’échanger entre professionnels et, surtout, de rencontrer des partenaires financiers. Il n’y a pas de vainqueur, il n’y a que des rêves réalisés. Et beaucoup de rencontres : en 2024, on a pu recenser 1 460 représentants de 58 pays et 166 intervenants en conférences et tables rondes. Toutes et tous au service du cinéma africain.
36 projets seront présentés : 10 fictions, 12 documentaires, 8 films d’animation et 6 séries. Évidemment, comme ils n’existent pas encore, on ne trouve sur le site ni bande-annonce ni images, pas même de synopsis. Seuls leurs titres sont disponibles et figurent ici (je vous encourage à cliquer sur le lien si vous avez une imagination qui démarre au quart de tour. Et sinon, pareil : c’est un bon exercice pour la faire travailler).
Dans l’immédiat, et dans la presse, l’événement a une petite touche « Tout le monde a gagné », chaque pays voyant des raisons de se réjouir. « Trois cinéastes du Nigéria ont été retenus », applaudit par exemple le site (nigérian) What Kept me Up. C.J. Obasi fera le voyage jusqu’à Durban pour la série animée JUJU Soccer dans laquelle « un club de foot de rue en difficulté voit sa fortune changer après qu’un jeune apprenti mystique rejoint le club » ; Damilola Sobesi présentera Hadu, autre série d’animation, tirée d’un court-métrage éponyme où « une jeune fille essaie de faire revivre les recettes de sa grand-mère » ; et c’est pour The Boy Who Spoke Static qu’a été retenu le collectif Agbajowo « qui a attiré l’attention internationale avec The Legend of the Vagabond Queen of Lagos, un drame socialement conscient situé dans les communautés de bord de mer de Lagos qui a passé bien du temps dans le circuit des festivals, en particulier pour une première mondiale au Festival du Film de Toronto de 2024 ».
Le Kenya joue aussi en tête, avec également 3 projets à l’affiche, se réjouit Sinema Focus. Mkamzee Mwatela, qui présentera Fisi, a déjà une belle carrière. Elle a signé Country Queen, la première série Netflix du Kenya et la télénovela de Showmax Second Family. Elle a même obtenu « avec ses collègues scénaristes Annette Shadeya, Natasha Likimani, Arnold Mwanjila et Makagano Mamabolo » le prix du Meilleur Script pour une Série Télévisée aux Africa Magic Viewers’ Choice Awards (AMVCA) de 2026, pour sa série sur la jeunesse Shuga Mashariki. CapoZOOeira, série animée kenyo-brésilienne et Majuto si Mjukuu (« Héritiers sans regret ») représenteront également le pays d’Afrique orientale.
Un seul artiste rwandais fera le déplacement mais compte tenu de son parcours, c’est tout de même à célébrer, nous raconte enfin The New Times.
Formé à l’origine en agriculture, Mutiganda wa Nkunda s’est tourné vers le cinéma et le documentaire journalistique en 2013, avant de s’imposer progressivement comme l’un des conteurs les plus reconnus du Rwanda, au cinéma comme en télévision.
Son tout premier film, Nameless, a remporté le Prix du Meilleur Scénario au Festival Panafricain de Ougadougou (FESPACO), largement reconnu comme le plus important des festivals de cinéma africains. Au long des années, Nkunda a construit une œuvre diverse comprenant courts-métrages, drames télévisés et productions de premier plan, souvent centrés sur la société rwandaise contemporaine et la vie des femmes.
Les détails concernant son nouveau projet, Mère Theresa, restent inconnus jusqu’à leur révélation au Marché de Durban.

Durban FilmMart via The Hollywood Reporter
Bonjour, avez-vous songé à poser des volets roulants ?
Lundi dernier dans la nuit, les habitants du village de Silarat Pattana (c’est le district de Khok Sung et, j’aurais peut-être dû le préciser plus tôt, en Thaïlande) ont remarqué un mystérieux véhicule qui effectuait des rondes à son entrée. Ils ont prévenu la compagnie de « rangers » locale et celle-ci a pu appréhender « un pickup conduit par Surat Bunkhud, ressortissant thaïlandais de 35 ans, qui transportait seize étrangers (dix Chinois et six Pakistanais) ». Accusés d’avoir traversé illégalement la frontière, ils étaient toujours en détention au moment où le Bangkok Post relayait leur arrestation.
D’après leurs déclarations, ces migrants fuyaient le Cambodge, où ils s’étaient rendus « attirés par des offres d’emploi dans le commerce en ligne et la restauration ». Mais, une fois arrivés, ils sont tombés dans le piège des centres d’appel et de fraude en ligne. J’avais déjà évoqué ici cette entreprise internationale mafieuse, essentiellement présente en Asie du Sud-Est : des organisations criminelles acquièrent de vastes bâtiments, y attirent des personnes vulnérables sous de fausses promesses, puis les contraignent littéralement à l’esclavage et à pratiquer, du matin au soir, toutes sortes d’arnaques au téléphone et sur Internet. Le phénomène résiste fort bien jusqu’à présent aux diverses tentatives pur l’éradiquer ou même le contenir. Il semble se structurer principalement autour du Cambodge, pour des raisons peut-être pas totalement mystérieuses comme nous allons le voir.
Sa police ne ménage certes pas ses efforts : en juillet dernier, pour ne citer qu’un exemple, une série de raids avait conduit à l’arrestation de plus d’un millier de personnes. Les victimes, transformées en coupables par l’imagination sans limite des mafias internationales, venaient de partout (Vietnam, Chine, Indonésie, Birmanie…), nous racontait alors Al-Jazeera :




