En glissant sous l'océan, avec mon tarot
Singapour frappée par les délocalisations et festival de surf au Pays basque
Bonjour,
permettez-moi de vous souhaiter une heureuse semaine en compagnie, aujourd’hui, de France 3 Lorraine, des arcanes, de plein d’eau et de roulettes.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont faits les relais de mon travail. C’est très encourageant.
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Bonne lecture !
Exode urbain
Les riches, vous pouvez commencer à numéroter vos abattis. Je ne pense pas me tromper en affirmant que la prochaine présidentielle sera remportée par François Hollande et ce retour de l’ultra-gauche à l’Élysée devrait déjà vous inciter à bien réfléchir à vos placements.
Évitez par exemple Singapour. Les belles heures de la cité-état sont derrière elle. Bon, si vous avez installé là-bas votre usine de bocal à cornichons, ne paniquez pas encore. Mais prenez vos dispositions. Car selon le South China Morning Post, ce paradis fiscal d’à peine 800 kilomètres carrés est à la source d’un basculement économique de toute la zone. En effet, comme un vulgaire pays d’Europe, le voilà à son tour menacé par les délocalisations. Facilité par la création d’une zone économique toute neuve, le phénomène permet de se débarrasser de ses salariés à moindre coût en les envoyant grenouiller en Malaisie. Pourquoi se priver ?
Dès le mois de mars, les fabricants de boisson Yeo’s et Asia Pacific Breweries ont démarré les hostilités en annonçant quitter le territoire. Le 20 mai, c’est au tour de Gardenia, sympathique multinationale spécialisée dans le pain de mie industriel, de déménager ses usines de Singapour pour les transférer à Johor Bahru en Malaisie, en licenciant 141 employés au passage. Début juin, H&M délocalisait également son Q.G. vers, cette fois, Kuala Lumpur.
Les raisons invoquées ne devraient pas surprendre les spectateurs réguliers de France 3 Lorraine. Pour l’entreprise agroalimentaire Gardenia, par exemple, « le déménagement entre dans un effort continu pour améliorer l’efficacité opérationnelle et rester compétitifs dans un environnement mondial toujours plus riche en défis ».
Une raison plus directe est la politique de libre-échange régional, activement poussée par le gouvernement de Singapour. En janvier 2025, elle a pris une forme concrète : celle de la Zone Économique Spéciale Johor-Singapour (ZES-JS). En abaissant toutes sortes de taxes entre Singapour et l’état de Johor en Malaisie (3,5 millions d’habitants), elle encourage fortement la première à transférer ses coûts, à commencer par les salaires, vers la seconde. D’autant que le niveau de vie a considérablement augmenté à Singapour. Pour maintenir le pouvoir d’achat des employés de sièges sociaux, comme les cadres, les comptables ou les responsables des ressources humaines, il faudrait donc mieux les payer. Vous imaginez ?
Heureusement, il y a la ZES-JS et ses promesses. Elles sont extrêmement sexys, il faut le reconnaître, quand elles sont susurrées par l’EDB (le Singapore Economic Development Board, une agence dépendant du Ministère du Commerce et de l’industrie) :
Avec la ZES-JS, il sera plus facile pour les entreprises d’investir, d’opérer et d’assurer leur croissance dans les deux pays. Ceci leur permettra de mettre à profit cette place d’échange dynamique pour mieux servir leurs clients dans la région et dans le monde.
[…]
Singapour est une base d’opérations reconnue pour les sièges sociaux, la R&D et l’innovation. Les entreprises y bénéficient d’un environnement qui leur est favorable, d’une connectivité globale, de talents de classe mondiale et d’un écosystème vibrant.
Joho offre des ressources abondantes, un bassin d’emploi qualifié à prix compétitif et une base industrielle en pleine croissance. Cela crée des opportunités pour les usines de grande taille, la logistique et toute autre opération nécessitant d’être implantée à une large échelle.

Le magazine berlinois d’intelligence économique Intellinews est un peu moins optimiste, y compris pour les pays parés à accueillir les délocalisations (la Malaisie donc mais aussi la Thaïlande, très motivée, ainsi que la république populaire du Vietnam, toujours officiellement communiste). Selon lui, les effets positifs pour les économies régionales (de nouvelles recettes fiscales et l’arrivée probable d’investissements étrangers) vont se heurter à d’autres conséquences, en particulier « la pénurie de talents et l’élargissement du fossé des inégalités de revenus entre les travailleurs qualifiés et non-qualifiés. » Il y a en effet, selon le bureau des statistiques de Malaisie, moins de 3 % de chômeurs dans le pays (et 2,5 à Johor). L’installation de nouveaux bureaux d’entreprises prospères augmentera mécaniquement les revenus les plus élevés mais celles et ceux qui continueront à travailler pour les business locaux ne pourront prétendre aux mêmes hausses de salaire… quand bien même le coût de la vie en général devrait s’élever. Ça va tirer sévère.
Or les entreprises ne pourront tout simplement pas résister aux promesses de délocalisation. Alors que le capital restera à Singapour, qui sait le câliner comme personne, les personnels vont forcément devoir faire leurs bagages. La ZES-JS est conçue pour générer à horizon 2030, 26 milliards de dollars annuels dans l’économie malaisienne, en pratiquant une taxe sur les entreprises au taux avantageux de 5 % pendant 15 ans (et en promettant d’autres avantages fiscaux aux travailleurs spécialisés).

De son côté, Singapour a une idée derrière la tête : « miser sur des stratégies économiques dirigées par l’État qui sécuriseront son avenir comme hub financier de premier plan ». Ce qui signifie concrètement, explique son vice Premier ministre (et par ailleurs ministre du Commerce et de l’Industrie) Gan Kim Yong, faire confiance à l’intelligence artificielle à grande échelle « pour confirmer sa place de leader mondial dans les industries de la prochaine génération. »
Un jeu d’enfant.
Dans le premier sens du terme, j’en ai peur.

Vous allez bientôt faire une rencontre
Amicale, amoureuse, professionnelle ? Autre ? Écoutez je n’en sais rien. Peut-être simplement le nouveau kebab de l’avenue Gambetta. C’est difficile à dire.
Et pourtant, j’ai des pouvoirs. La preuve : tirez une carte.
Bon, je ne vous félicite pas. C’est vraiment la plus banale. Ne le prenez pas mal : je veux simplement dire par là qu’elle provient du jeu divinatoire le plus répandu. On l’appelle le Rider-Waite-Smith. Publié à Londres en 1909, signé des mystiques Pamela Colman Smith (pour les illustrations) et Arthur Edward Waite (pour les instructions ; Rider étant l’éditeur), il a été depuis vendu à plus de 100 millions d’exemplaires dans le monde. Si vous achetez un jeu de tarot divinatoire, il y a de fortes chances pour que vous tombiez sur celui-ci.
Ce savoir ne m’a pas été dicté par les puissances cosmiques mais, plus simplement, par la Morgan Library and Museum de Londres. C’est là que débutera ce 26 juin, et jusqu’en octobre, une exposition toute entière consacrée aux cartes magiques. Et aux artistes, connus ou non, qui au cours des siècles ont illustré ses 78 figures (les connaisseurs disent « arcanes », c’est plus chic).




